François Halard L’esprit des lieux: trois questions à François Halard 30.06.2017 #design

Je veux que l’on puisse percevoir une présence humaine, comme si elle venait de quitter le champ du cadre

François Halard est le maître incontesté de la photographie de décoration. On peut même dire qu’il a donné ses lettres de noblesse à ce genre photographique. Avec son objectif, il ne se contente pas de rendre la réalité des aménagements d’un espace, il saisit l’âme des lieux qu’il observe. Pour la deuxième édition de Design Parade Toulon, dont il est membre du jury, le photographe a sélectionné des clichés liés à la Méditerranée : de Capri à Arles en passant par Gaeta et Toulon. « La Suite Méditerranéenne » nous invite à une escapade poétique et imaginaire sur ces sites toujours habités par le passé.

Peut-on dire que vous cherchez à retranscrire l’esprit des lieux dans votre travail photographique ?

Depuis l’adolescence, j’ai toujours cherché à retranscrire l’esprit des lieux. C’est l’essence même de mon travail photographique. Je ne veux pas les photographier d’une manière froide ou distanciée, mais au contraire, que l’on puisse y percevoir une présence humaine, comme si elle venait de quitter le champ du cadre. C’est cette trace invisible qui me tient à cœur, une présence à peine perceptible, qui, par des détails, une lumière, révèle une personne, un esprit, une sensibilité.

Que représente la Méditerranée, qui est au cœur de votre exposition à Toulon?

J’ai découvert la Méditerranée très tardivement. Une première fois à Cassis. J’avais douze ans. Puis, quelques années après, lors de mes nombreux voyages en Italie: Rome et le Capitole, les tableaux du Caravage, les sculptures du Bernin. À Milan, avec mes parents, j’ai découvert le design italien de la fin des années 70 : Ettore Sottsass, pour Memphis, Alchimia avec Alessandro Mendini. Mais la Méditerranée pour moi,  c’est aussi le cinéma: Antonioni et la beauté de Monica Vitti dans l’Avventura. Les décors baroques du Guépard de Visconti. L’extravagance de Federico Fellini et le défilé de mode ecclésiastique sur patin à roulettes dans Fellini Roma. Enfin, la Méditerranée, ce sont les architectes : Andrea Palladio à la Malcontenta ou Adalberto Libera qui a imaginé  la villa Malaparte à Capri. Des artistes ont ponctué cet itinéraire italien: Fontana, Michelangelo Pistoletto, les Polaroïds de Carlo Mollino, les paysages italiens de Luigi Ghirri et bien sûr, l’influence particulière de Cy Twombly, peintre américain exilé à Rome. Cy Twombly transforme la mythologie méditerranéenne en une œuvre artistique. C’est cette approche de la Méditerranée qui me touche et m’inspire.

Observez-vous une évolution dans la décoration intérieure aujourd’hui ?

J’ai eu la chance de photographier des lieux parmi les plus représentatifs de l’architecture d’intérieur et l’art décoratif du XXème siècle. La Villa Noailles, avant sa restauration, l’architecture et le mobilier de Pierre Chareau pour la maison de Verre, le premier projet de John Pawson, l’appartement d’Yves Saint Laurent, Jacques Grange, l’hôtel Lambert. Aujourd’hui, j’observe une évolution bien évidement,  mais c’est le résultat des influences de l’art décoratif français du XVIIIème et de celui des années 30 avec l’apparition du modernisme, Chareau, Mallet Stevens et Eileen Grey. La tendance depuis quelques années est le reflet contemporain de ces courants avec une touche d’AutoCAD…

Propos recueillis par Serge Carreira, maître de conférences à SciencesPoPortrait : Chantapitch Wiwatchaikamol

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