Anaïd Demir 04.06.2012 #art

Après Le dernier Jour de Jean-Michel Basquiat, Anaïd Demir passe du rayon « Art » à « Littérature » avec Joconde Intime, roman documenté où la célébrissime Mona Lisa se dote de la parole et nous fait traverser cinq cents ans d’histoire. De Vinci à Kate Moss en passant par Marcel Duchamp, on redécouvre avec malice un illustre destin peint sur bois.

Parle-nous de Joconde Intime, ton nouveau roman.
Joconde Intime est un livre dans lequel je fais parler Mona Lisa. Elle est un de ces personnages incompris de l’histoire de l’art à qui je trouvais urgent de donner la parole. Même Léonard de Vinci à la base l’a conçue comme telle : faite pour être comme en 3D, comme en mouvement, grâce à une technique toute particulière.
J’ai superposé passé, présent et futur, ce qui la rend plus spirituelle que matérielle. De sa genèse à ses mystères, en passant par son actualité, nous avons rencontré beaucoup de gens pour ce livre : historiens, experts, conservateurs etc.
La Joconde est une people, elle est comme une mondaine qui vit dans son grand appartement du 1er arrondissement, où elle s’ennuie, où les gens viennent la voir. Même Kate Moss la convoite (ce qu’elle voit d’ailleurs d’un très mauvais œil). Finalement, elle est de toutes les époques. Une fiction se greffe aux éléments documentés.

Quelle est la genèse de ce projet ?
Quand les gens ont lu mon dernier bouquin (Le dernier Jour de Jean-Michel Basquiat, ndlr), beaucoup m’ont fait remarquer qu’en l’écrivant je m’étais mise dans la peau du sujet. Quelqu’un est venu me voir pour faire un documentaire. J’ai proposé de réaliser quelque chose sur Kate Moss. Lui m’a émis l’idée du Louvre et de la Joconde. C’était parti.

Mona Lisa règle ses comptes avec Marcel Duchamp, qui lui a flanqué une moustache en la ré-intitulant ‘L.H.O.O.Q’.  Quelle est cette drôle de relation fictive ?
Elle l’adore en fait ! Elle le taquine, joue aux échecs avec lui. Elle a beau avoir 500 ans, elle est très contemporaine. C’est un peu Denise Grey, une grand-mère avec une tête de jeune fille… Elle adore donc toute cette modernité.

Ayant traversé 500 ans d’art, quelle est sa période préférée ?
Elle adore l’époque de Duchamp. Mais elle aime surtout l’art en général. Elle est universelle.

Comment définirait-elle l’art contemporain ?
Pop, pétillant, décadent, coloré, drôle…

Drôle, vraiment ?
Non en fait (rires), plutôt… léger !

Le plus grand secret qu’elle aurait à nous dévoiler ?
Elle déteste Joséphine de Beauharnais, parce qu’elle avait un vilain sourire. A l’époque où elle était dans les colonies, elle passait son temps à mâcher de la canne à sucre, ce qui lui a raboté toutes les dents.
L’autre grand secret, je ne peux pas le dire, il faut lire le livre !

Tu t’es identifiée à Mona Lisa en écrivant ce roman…
Forcément ! J’ai l’impression d’être dans l’art depuis un petit moment, j’ai vu pas mal de changements, de gens qui passent, qui restent, qui montent, qui descendent.
Mais aussi à travers ma position dans la vie : je me sens en train de renaître à quelque chose d’autre, de passer de l’autre côté du miroir. Ecrire des romans, par exemple. Tout ça n’est pas prétentieux, je considère la Joconde comme quelqu’un d’intrinsèquement humble.

La Joconde est-elle une grande mondaine ? Si elle devait prendre vie, la croiserait-on au Bal Jaune ou dans les fêtes de la Biennale de Venise?
A mort ! C’est une mondaine qui s’encanaille. Elle adore la fête, ce qui est vivant, on la croise d’ailleurs dans certains afters de la Biennale dans le livre.

Kate Moss lorgne sur Mona Lisa, qui n’a pas l’air de voir cela d’un très bon œil. Peut-on dire du top qu’elle est une Joconde des temps modernes ?
Oui ! Elle vient de la mode, donc de quelque chose d’éphémère, tandis que La Joconde c’est l’art, l’éternel. Mais finalement, Kate Moss a acquis un charisme qui dépasse cette simple notion. En plus, beaucoup d’artistes s’intéressent à elle, comme Lucian Freud. Elles ont pleines de points communs. Ce sont des girls next door !

Tu viens de passer du rayon « Art » au rayon « Littérature ». A-t-on des chances de t’y retrouver par la suite ?
Je pense rester un peu dans les romans, mais comme je fais toujours un peu des hybridations, on pourra normalement me retrouver au rayon « séries TV ». Il y a dix ans, j’ai eu envie d’écrire un roman autour d’un personnage issu d’une série britannique des années 60 complètement psychédélique. A suivre…

Si tu devais garder 3 œuvres sur la Joconde ?
> La chanson de Barbara écrite par Boris Vian dans les 60’s, qu’on retrouve dans le film « Histoire d’une obsession »
> L’œuvre de Marc Sich, qui fait d’ailleurs la couverture du livre.
> Le film « On a volé la Joconde »

A venir :
– 07 juin : Lecture / signature au Comptoir des Mots, 239 Rue des Pyrénées, à partir de 20h.
– 14 juin : Lecture / signature à la Librairie du Palais de Tokyo, à partir de 20h.

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