Manuel Carcassonne Escale avec le co-secrétaire du Prix du Meilleur Livre Etranger Sofitel 24.11.2016 #art

Pour moi, la magie du livre tient dans le papier

Intime littéraire des rues parisiennes et du romanesque indéfectible lié à la capitale, SayWho se devait un jour de croiser le chemin de Manuel Carcassonne. Figure incontournable du milieu de l’édition depuis plusieurs décennies, il est directeur des Éditions Stock et a la littérature au cœur depuis toujours, une passion dévorante qui l’a mené à devenir un des acteurs les plus respectés et les plus influents. Prix important et vivement soutenu par Sofitel, qui met un point d’honneur à rendre hommage à son héritage français en organisant différents événements culturels liés à un goût certain du voyage, le Prix du Meilleur Livre étranger récompense depuis plusieurs décennies les plus grands auteurs venus d’ailleurs. Alors qu’il s’apprête à rendre le choix du jury pour l’édition 2016, où il officie aujourd’hui en tant que co-secrétaire de ce Prix prestigieux, rencontre exclusive dans son bureau de la rue du Montparnasse, pour parler de littérature, de voyage, du rôle décisif du partenaire, Sofitel, et des moments forts de ce Prix.

Qu’est-ce qui vous a amené à la littérature ?

On peut dire que j’ai toujours poursuivi le but de pouvoir faire profession de mon plaisir et de mon vice, la littérature. J’étais un lecteur permanent, et je le suis resté. Enfant, j’étais très timide et je lisais tout le temps. Vers seize ans, j’ai commencé aussi à écrire des choses. Puis j’ai créé une revue avec quelques amis dont Antoine de Baecque, autour du cinéma, autre passion, qui s’intitulait « Avancées Cinématographiques ». C’était à la fin des années 80. Cette revue a ensuite changé de nom pour devenir « Vertigo ». Beaucoup de gens intéressants et signatures sont passés dans ces pages, et j’en suis fier. Puis j’ai commencé à écrire sérieusement sur les livres, pour le magazine Le Point, et à en parler aussi à la radio. J’ai aussi débuté ma longue collaboration avec le Figaro Littéraire. Une aventure qui a duré pendant près de quinze années. Puis je suis entré chez Grasset, sous l’impulsion des deux personnes clefs à l’époque, Bernard-Henri Lévy et François Nourissier, et bien sûr Jean-Claude Fasquelle. Je suis resté chez Grasset près de 23 ans. Et maintenant cela fait trois ans que je dirige Stock.

En quoi consiste votre rôle au sein du jury du Prix du Meilleur Livre Etranger ?

Alors, premièrement c’est un jury sans président, nous sommes deux secrétaires à suivre le Prix au jour le jour : moi-même et Anne Freyer, grande éditrice aux Editions du Seuil où elle s’occupe d’auteurs comme John Le Carré, Günter Grass ou J.M. Coetzee.

Ce qui est drôle pour moi, c’est le fait que ce Prix ait été créé après la guerre par André Bay, qui officiait à l’époque aux Editions Stock! Il s’occupait entre autre de la collection « Le Cabinet Cosmopolite », devenu « La Cosmopolite » qui est une collection culte, couverture rose, avec de fameux auteurs étrangers comme Jack Kerouac ou Yasushi Inoué. J’aime beaucoup cette collection dans laquelle je viens de publier « Kronos », le journal inédit de Witold Gombrowicz… Pour revenir au Prix, cela fait une dizaine d’années que je suis membre du jury. C’est une réunion amicale, et l’on se retrouve aléatoirement, sans agenda stricte, pour décerner le Prix du Meilleur Livre Étranger, dans deux catégories, celle du roman, et celle de l’essai. Et je dois dire que nous avons la chance d’avoir un partenaire fidèle et impliqué, Sofitel, qui nous suit et nous soutient avec vigueur.

Quel a été votre souvenir le plus fort du Prix du Meilleur Livre Etranger ?

C’était il y a quelques années; nos amis de Sofitel étaient d’ailleurs déjà présents en tant que partenaire principal du Prix. Nous l’avions remis à Avraham Yehoshua, grand écrivain israélien. Il n’avait jamais eu aucun Prix en France auparavant, et cette année-là, il a donc reçu notre Prix et le Prix Médicis. Il était surpris et comblé. C’était aussi une manière de couronner une œuvre entière à travers ce livre récompensé. Un Prix, dans ce cas-là, permet en effet de mettre en avant un auteur confirmé n’ayant jamais reçu de distinction. Je me rappelle de la joie de l’auteur, qui me confia qu’il était encore plus heureux de recevoir notre Prix que le Médicis qui est pourtant un Prix reconnu et important. Et je me rappelle de la très belle soirée que nous avions passé ensemble.

Le voyage est souvent source d’inspiration pour les écrivains : qui est pour vous l’écrivain voyageur ultime ?

Difficile de n’en citer qu’un seul. Je vais en citer deux qui m’ont marqué très fortement. Le premier est Nicolas Bouvier, qui est un monument, et qui est un écrivain réellement voyageur. Il n’a pas de doute le concernant. Il a d’ailleurs pris des risques personnels extrêmement forts tout au long de sa vie. J’aime plus particulièrement son livre « Le Poisson-scorpion ». Il y raconte qu’il est au fond du gouffre, alors qu’il séjourne pendant neuf mois à Ceylan en 1955. Il lui aura d’ailleurs fallu plus de vingt ans pour écrire ce livre qui n’est sorti qu’en 1982. C’est un voyage immobile intense et ultime, une expérience entre la vie et la mort. Il y aussi le livre « L’usage du monde », qui est un véritable chef d’œuvre…  L’autre écrivain, c’est V.S. Naipaul, qui est pour moi un écrivain qui voyage plus qu’un écrivain voyageur, « de voyage ». Naipaul nous montre le monde tel qu’il est. C’est un auteur qu’il est indispensable de lire.

 

Lorsque vous voyagez pour les affaires ou lors de vos vacances, lisez-vous papier ou tablette ?

Uniquement papier. Pourquoi? Et bien parce que pour moi la magie du livre tient dans le papier. Il n’y a pas besoin de courant électrique, et donc pas de peur de lire le livre dans son bain, et à la plage pas de peur du sable se glissant entre les pages… « C’est une invention comme la roue, très simple mais on n’a pas trouvé mieux » comme l’a souvent dit le grand Umberto Eco. Et puis le papier permet aussi de souligner, d’écrire des notes dans les marges, ce qui est indispensable à tout bon lecteur qui se respecte.

Quel livre emporteriez-vous lors d’un séjour à l’hôtel ? Pourquoi ?

Alors, je dirais un livre pas trop court… En fait, le rêve serait un livre qui les contienne tous, car on ne part jamais avec un seul livre. Si c’était le cas, on serait bien ennuyé si ce seul livre n’est pas bon! Il y a donc obligation d’en prendre plusieurs, au cas où. Je ne peux donc pas répondre à cette question. Il y a bien trop de livres que je voudrais emmener avec moi si je partais en voyage demain…

Propos recueillis par Yan Céh
Portraits par Jean Picon, aux Editions Stock
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