Ilaria Bonacossa Sur les 25 ans d’Artissima 01.11.2018 #art

 L’idée que l’Italie a des difficultés à proposer une offre de qualité est fausse

Directrice d’Artissima, foire internationale d’art contemporain, depuis 2017, Ilaria Bonacossa est commissaire d’exposition et critique d’art. Curatrice pendant sept ans à la Fondazione Sandretto Re Rebaudengo de Turin, elle a été de 2012 à 2017 directrice artistique du musée de la Villa Croce, à Gênes. Depuis 2014, elle est commissaire des installations permanentes d’art contemporain d’Antinori Art Projects. En 2013, elle a dirigé le projet Katrin Sigurdardottir au pavillon islandais de la Biennale de Venise. Elle a été membre du comité technique pour les acquisitions du musée FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur à Marseille, membre du comité scientifique du PAC à Milan et directrice pour l’Italie du programme international Artist Pension Trust. Depuis 2016, elle est directrice artistique de la Fondation La Raia et depuis 2017, elle est membre du comité de sélection du prix Prince Pierre, à Monaco. Nous l’avons rencontrée lors de l’inauguration de la 25ème édition d’Artissima à Turin dont le thème est le temps. “Time is on our side”.

Vous êtes directrice artistique d’Artissima pour la deuxième année. Depuis sa dernière édition, vous la souhaitez davantage tournée vers une scène artistique jeune et expérimentale. De quelle façon et avec quelles nouveautés votre vision pour Artissima se consolide-t-elle cette année?

Artissima est toujours tournée vers l’avenir, soutenant les artistes et galeries émergentes et les jeunes collectionneurs. Dans ce même esprit nous aimons oser et expérimenter. La foire est caractérisée par des temps rapides, et pour cela c’est une plateforme appropriée pour tester de nouveaux formats qui impliquent non seulement des initiés, mais également un public plus large. Pour la vingt-cinquième édition, la foire, en pensant aux plus jeunes, a activé un fonds triennal de soutien destiné aux jeunes galeries en collaboration avec Professional Trust Company: chaque année, trois candidats de la section New Entries jugés le plus intéressants pour la recherche et le talent scouting, recevront une contribution économique de 4 000 euros chacun pour financer leur participation à Artissima. Le comité de sélection, en collaboration avec Lucrezia Calabrò Visconti, a sélectionné pour 2018 ADA-project (Roma), This Is Not a White Cube (Luanda) et Cecilia Brunson (Londra). Le soutien aux jeunes collectionneurs est également l’un des objectifs d’Artissima, de même que le soutien à la créativité émergente. Au salon, nous présenterons également un nouveau projet en collaboration avec Treccani : Alfabeto Treccani, une collection de vingt-et-une éditions en tirage limitée créées sur mesure par des artistes italiens de trois générations, allant des grands maîtres aux talents émergents. Le projet est né avec la volonté de promouvoir une diffusion universelle de l’art, en encourageant le développement de jeunes collectionneurs et, en même temps, en fidélisant les grands collectionneurs. Enfin, Sound, la nouvelle section consacrée au son, met au défi les limites de l’art visuel et souligne le caractère transversal de l’art contemporain. Le commissariat est confié à deux jeunes curateurs, Yann Chateigné Tytelman, commissaire d’exposition et critique d’art à Berlin et professeur associé d’histoire et de théorie de l’art à la HEAD de Genève et Nicola Ricciardi, directeur artistique de l’OGR – Officine Grandi Riparazioni de Turin. Les sons ont un impact émotionnel très fort, nous impliquant dans une expérience totale. Ils transforment l’espace et sa perception, libérant ainsi l’imagination.

Le thème et fil conducteur de cette édition est le temps. De quelle façon l’entendez vous ?

Le fil rouge de cette vingt-cinquième édition est le temps, pensé non pas comme une cristallisation statique de la mémoire et de la célébration, mais comme un flux dynamique, capable d’imprimer le rythme du changement. “Time is on our side” – Le temps est de notre côté : du côté de ceux qui, dans le milieu de l’art, veulent découvrir et s’émouvoir, savourer et réfléchir, s’ouvrir au changement et à la différence. Le temps consacré par les galeries à découvrir et à redécouvrir les artistes, le temps des images, de l’écoute de la nouvelle section Sound et le temps du partage. C’est aussi le temps de Turin, cette ville incroyable qui accueille la foire, suspendue entre passé et futur, entre trésors égyptiens et installations contemporaines, entre gloires réelles et mémoires ouvrières, entre rationalisme technologique et magie. En pensant au 25ème anniversaire de la foire, le temps d’Artissima revêt une double signification : un passé éloquent et un avenir ouvert à la recherche créative, dans lequel la foire, en partant de sa propre histoire et de son identité, participe à la construction de nouveaux chemins. Enfin, le programme de conférences organisé par Paola Nicolin au Meeting Point animera une série de conférences, de réunions et de conversations sur le thème du temps sous toutes ses facettes, en présence d’artistes, de critiques, de collectionneurs, de conservateurs et de journalistes.

Artissima utilise un superlatif typiquement italien et reconnaissable en tant que tel à l’étranger. Quelle est précisément la spécificité italienne d’Artissima par rapport à d’autres foires internationales ?

L’Italie a une longue tradition en matière de foires, mais ce qui distingue Artissima depuis les premières éditions, a été de se proposer non seulement comme une foire-marché, mais également comme un espace pour la recherche curatoriale. En 2001, Artissima a été la première foire à nommer un directeur ayant une formation de curateur, Andrea Bellini. Cette identité propre l’a amenée à inventer et à lancer de nouveaux formats tels que Back to the Future, dédié à la redécouverte des pionniers de l’art contemporain, ou Disegni, qui présente des œuvres liées à cette forme d’expression.

D’après les données de participation et au vu des retours économiques pour le territoire, l’intérêt que le public porte pour la scène contemporaine se confirme. Pourquoi en Italie est-il si difficile d’avoir une offre culturelle de qualité (ou du moins, c’est la vision qu’on a depuis l’étranger)? Les choses sont-elles en train de changer ?

En réalité, l’idée que l’Italie a des difficultés à proposer une offre de qualité est fausse. En Italie, il existe de nombreux exemples vertueux d’offre culturelle, aussi bien dans les institutions  publiques que dans les nombreuses institutions privées. À l’inverse, s’il est vrai que si l’offre est de qualité, il est parfois difficile pour le public de se mettre en relation avec l’art contemporain. Je pense que cela tient au fait que dans l’enseignement secondaire et universitaire, le contemporain n’a que peu d’espace. Pour cette raison, chez Artissima, nous pensons à des initiatives visant à faciliter la compréhension et l’approche de l’art contemporain pour les adultes et les enfants, des Walkie Talkies by Lauretana au Ypsilon St’Art Tour by Lancia, en passant par le nouveau projet Artissima Junior. Il y a beaucoup d’excellences à Turin, je pense au musée d’art contemporain Castello di Rivoli, à la Fondazione Merz et à la Fondazione Sandretto Re Rebaudengo, trois institutions à l’avant-garde dans la conception d’expositions sur le plan international.

Interview : Irene D’Agostino
Portrait et photos : Andrea Marcantonio

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