Jean-Paul Lespagnard 15.03.2011 #mode

Rock et tatoué de la tête aux pieds, on imagine plus Jean-Paul Lespagnard derrière des platines que devant une machine à coudre. Mais, pouquoi choisir ? Ce jeune créateur belge se joue des frontières et invente une mode entre fantasme et réalité sublimée qui nous plaît de Hyères à Paris, en passant par la scène. Rencontre, juste après son défilé.

Qu’est-ce que votre prix à Hyères en 2008 a changé pour vous ?

Ca a tout changé. J’y suis allé uniquement quand j’ai été prêt à me servir du festival comme podium pour montrer mon travail pour la première fois. Les retombées ont été immédiates, surtout quand Maria Luisa a pris toute ma collection pour la mettre en vitrine. Aujourd’hui, le travail est plus difficile à cause de l’importance du côté commercial, mais c’est la suite logique… Cette année, j’y retourne comme invité. Je vais y soutenir Emilie Meldem, une jeune styliste à qui j’ai donné des cours l’an dernier et qui est sélectionnée.

En quoi vous sentez-vous appartenir à l’Ecole belge ? Y a-t-il seulement une école belge selon vous ?

Paradoxalement, il pourrait y avoir une école belge dans le sens où nous sommes nombreux à ne pas être passés par là, comme Raf Simons ; ou plutôt dans celui où nous construisons notre propre histoire. En Belgique, on est protégés du « tout-mode » parisien. Ici, on se lève mode, on prend un café mode, on respire mode… A Bruxelles, c’est différent, il y a un vrai mix dans les influences. Par exemple, c’est une ville de danse. Là-bas, je travaille plus sur les costumes pour la danse contemporaine.

Quel a été le point de départ de votre dernière collection ? D’une manière générale, d’où vous vient votre inspiration ?

Comme souvent, le tilt est venu de Youtube, d’Internet, où je passe des heures à ‘browser’. J’avais déjà dans l’idée de faire une collection sur les camions, et puis je suis tombé sur une vieille pub Coca, ainsi que sur Dekotora, un film japonais spécialisé. J’étais émerveillé. Sinon, c’est un peu tout et rien à la fois, un morceau de musique, un clip, etc. Internet m’aide beaucoup.

Quelle histoire avez-vous voulu raconter dans « I could be yours » ?

C’est une fantaisie. Une femme bourgeoise qui marche sur une route, en lisière de forêt, à l’aube. On ne sait pas ce qu’elle a fait de sa nuit. Elle rencontre Dekotora, et en tombe amoureuse…

Avez-vous déjà la prochaine histoire en tête ?

J’ai même les trois prochaines ! Mais, je ne dirai rien. Je fonctionne par flashes, ensuite, cela devient une obsession, puis une réalisation.

Qu’est-ce que la Parisienne selon vous ? Vous inspire-t-elle ?

C’est une certaine élégance, un art de vivre, une élégance. C’est une femme qui mixe un Kelly avec un créateur plus pointu. Quant à moi, je veux habiller une femme qui veut être elle-même.

Comment décririez-vous votre style en quelques mots ? Quels sont vos fondamentaux ?

Structuré avant tout. Mais c’est aussi un clash entre deux styles, difficile à définir. Tenez, comme cette robe bustier tout en ceintures de sécurité (ndlr : magnifique).

Depuis vos premières collections, avez-vous le sentiment de vous être assagi ?

Non, mais je n’ai pas vécu la période la plus drôle : je suis arrivé en pleine crise financière de la mode, pas évident. Je ne dirais pas que je me suis assagi, mais je me suis certainement endurci, par la force des choses. La danse contemporaine (avec Megg Stuart), l’art me permettent de m’évader, d’explorer encore plus de créativité, d’être plus critique peut-être. Comme lorsqu’au Mexique, j’ai posé en Maya l’abeille en haut des temples mayas. En plus de la provocation évidente, c’est aussi une critique du tourisme. D’une manière générale, j’utilise la communication comme un art, à l’instar de Facebook.

A ce sujet, vous avez un vrai fan club. Seriez-vous une rock star ?

Non, mais je suis rock’n’roll, c’est clair. Quant aux groupies, cela fait plaisir, je me sens soutenu.

Ca vous fait un point commun avec la chanteuse Yelle ! Racontez-nous votre histoire avec elle

Je l’ai rencontrée juste après le Festival de Hyères, elle voulait des éléments pour son clip. Puis, c’est devenu une amie. J’ai créé les costumes pour sa première tournée aux Etats-Unis… Et on a créé des liens. On se fait évoluer mutuellement, on a une vraie collaboration, comme sur son dernier album, « Safari Disco Club ». C’est magnifique.

Mais alors, diriez-vous plutôt de vous que vous êtes un entertainer ?

C’est tout à fait cela. C’est hyper important pour moi. Avant, je travaillais pour les magazines, et je préférais les généralistes au purs mode car j’avais l’impression de pouvoir toucher plus de monde. Toucher les gens, c’est ce qui est primordial à mes yeux.

Propos recueillis par Florence Valencourt
www.jeanpaullespagnard.com

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