Jennifer Flay 20.10.2011 #art

Glam et pétulante, mais aussi volontaire et énergique, Jennifer Flay dirige la FIAC avec élégance et précision depuis 2003. Le soir du vernissage de l’édition 2011 au Grand Palais, alors que l’on se bousculait aux portes de l’une des foires les plus courues du monde, nous avons interviewé la plus parisienne des Néo-Zélandaises.

Quelles sont les nouveautés de la FIAC 2011 ?

La FIAC 2011, c’est d’abord ce grand rassemblement extraordinaire de galeries de très haut niveau . C’est quelque chose que l’on développe depuis plusieurs années. Certains exposants très prestigieux comme Luhring Augustine ou Paula Cooper sont des exposants fidèles, présents depuis 2006. D’autres galeristes d’envergure, comme Matthew Marks ou White Cube, Sadie Coles, Friedrich Petzel, Michele Maccarone nous rejoignent cette année. La FIAC atteint donc aujourd’hui le statut de grande manifestation internationale, elle est même parmi les premières.

L’aspect vraiment nouveau de cette FIAC, c’est l’utilisation des trois galeries d’exposition qui sont situées au 1er étage du Grand Palais. C’était un souhait des exposants d’être tous réunis sur un même site. Mais c’est vrai que cela s’est fait un peu dans la souffrance parce que cela nous a obligé à faire un effort de compression. L’année prochaine en 2012, on utilisera le Salon d’Honneur, une salle qui à elle seule fait 1200 m2, avec 17m sous plafond ! Ces galeries à l’étage, c’est aussi l’avenir. Ça nous a permis d’accueillir sur ce même site 168 galeries alors que l’année dernière on était 194 sur 2 sites. C’est vrai que ce n’était pas facile de faire le tri. Mais la FIAC dans sa composition actuelle est le fruit d’une sélection rigoureuse menée sur plusieurs années, et c’est aussi cette « sélectivité » qui nous a permis d’atteindre ce niveau à l’international.

C’est important de tout regrouper dans un même lieu ?

Que ce soit les galeries anciennes, très établies, ou les plus jeunes… Elles souhaitent vraiment toutes se retrouver sous le même toit. Les anciennes trouvent que c’est vivifiant d’avoir près d’elles de jeunes galeries. Toute cette histoire de l’art fait partie d’une continuité. Il n’y a pas de raison de séparer artificiellement tout cela.

L’art est-il devenu un « lifestyle » ?

Heureusement, ce n’est pas que cela. Ça l’est devenu et, dans le fond, c’est très positif que l’art contribue à un art de vivre, un lifestyle… Mais il ne faut pas le réduire à cela. Ce serait la chose la plus triste du monde, vider l’art de son contenu. Il y a déjà assez de choses qui sont vides de leur contenu comme ça, pas la peine d’en rajouter.

La situation artistique a beaucoup évolué sur ces dix dernières années. Que s’est-il passé ?

Oui, énormément. Il s’est passé des choses un peu partout. De nouveaux territoires d’une immense richesse culturelle se sont aussi révélés : la Chine, l’Inde, les pays arabes, l’Amérique Latine dans son ensemble… Evidemment, ça s’est complexifié mais un nouvel équilibre est en train de se créer. Que sera-t-il, ça, on n’en sait rien. En tout cas, je ne pense que l’on puisse vraiment dire aujourd’hui qu’il y a une culture dominante, et c’est une chose très heureuse. Moi qui vient des Antipodes –la Nouvelle Zélande- je ne peux que saluer le fait que le reste du monde soit enfin pris en compte.

Est-ce qu’il y a plus de collectionneurs depuis ces dix dernières années ?

Beaucoup plus ! Quant à la FIAC, elle attire beaucoup.

Le marché de l’art se porte-t-il mieux en cette période de crise ?

Le marché de l’art encaisse la crise, mais ce que je constate, c’est qu’en 2008-2009 et 2010, la FIAC s’est très bien tenue. Le marché a résisté. Je ne dis pas qu’elle n’a pas été affectée parce que la crise retentit évidemment sur le monde de l’art, puisque c’est un domaine d’idées et d’idéaux. Mais je pense que la valeur intrinsèque de l’art comme réceptacle d’idéaux est préservé. Et c’est ça qui a protégé le marché de l’art. Il est sain dans le sens où il y a encore des collectionneurs.

Est-ce que la scène française a une importance aujourd’hui ?

Je pense que les regards se tournent à nouveau vers l’Europe et vers la France. J’espère que la FIAC, dans cette nouvelle version, a contribué à cela, a mis en lumière la scène Française. Ce que je constate, c’est qu’à un moment donné dans l’histoire, les artistes Français avaient plus de mal à émerger sur le plan international. Des artistes comme Bertrand Lavier sont passés quasi inaperçus dans leur jeunesse. Heureusement, depuis, la situation s’est rectifiée mais des artistes comme Christian Boltanski, Annette Messager, Buren, Toroni sont restés nationaux et confidentiels jusqu’à un âge tardif. Cela a changé grâce à tout un travail qui a été fait par une génération de gens qui, ensemble, se sont demandé pourquoi cette situation perdurait, et se sont ralliés pour reprendre en main la situation française. Je ne veux pas parler trop vite, mais je pense que la FIAC contribue à cette reconsidération de la scène française.

La FIAC n’est-elle pas pourtant un peu victime de son succès ?

Un peu. On vient de faire face à une affluence inhabituelle en ce jour de vernissage à la FIAC, ce qui crée des problèmes à l’instant T. Mais, in fine, toute personne qui veut venir à la FIAC pourra le faire. Et je voudrais dire qu’il y a aussi à la FIAC des programmes hors les murs : au Jardin des Tuileries, au Jardin des Plantes, au Museum d’Histoire Naturelle, à l’Auditorium du Louvre, tous les soirs au Centre Pompidou, dans le Forum… Ce sont aussi des programmations de la FIAC, et elles sont gratuites. Vivre la FIAC, c’est aussi visiter ces choses-là, redécouvrir Paris par la même occasion, rencontrer l’art au détour d’une promenade dominicale… Quant aux artistes, ils travaillent pour tout le public et pas juste pour ceux qui sont munis d’un badge VIP au vernissage Il faut remettre les choses à leur place : la FIAC ce sont aussi des galeries qui travaillent à l’année. Le cœur de leur travail est dans leurs espaces, dans Paris et je souhaite que le public de la FIAC leur rende aussi visite dans leurs lieux.

Propos recueillis par Anaïd Demir

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