José Lévy 12.09.2012 #art

José Lévy est un artiste à facettes. Après quinze ans de mode, durant lesquels il s’illustrera auprès de grandes maisons telles Nina Ricci ou Emanuel Ungaro, sans oublier la griffe qui portera son nom, il se met à la conception d’objets en tous genres, oscillant entre les arts plastiques et les arts décoratifs. En créateur libre et curieux, il nous parle de ses rencontres, qui ont fait du couturier affranchi un designer de souvenirs.

Quel a été l’événement déclencheur qui a transformé le José Lévy créateur de mode en José Lévy artiste-designer ?

Pour moi c’est une continuité, un élargissement. Avec le vêtement, j’ai toujours considéré l’idée de l’intime, comme la couche qui touche le corps, la première chose que l’on raconte de soi. Ensuite, il y a tout ce qui nous entoure : la chaise sur laquelle on s’assoit, la tasse dans laquelle on boit… Dans les deux cas, tout ce que je conçois est tourné vers les gens. Passer de la mode à l’art  est une façon d’élargir mon champs d’action. 

Il y a tout de même des rencontres qui vous ont fait évoluer vers ces nouveaux supports d’expression ? Je pense notamment à Emmanuel Perrotin…

Emmanuel et moi nous connaissons depuis très longtemps. On est très proche. Quand il a eu envie de se mettre au design, il m’a proposé de faire une expo, et il est vrai que c’est un des jalons important dans ma carrière. Il y a eu, bien sûr, d’autres rencontres importantes tout au long de mon parcours, mais celle avec Emmanuel a été décisive.

Vous qui avez évolué dans ces deux milieux particulièrement mondains que sont la mode et l’art, quelles différences pouvez-vous mettre en exergue ?

Plutôt qu’une différence entre deux univers, pour moi, c’est le mot « mondanité » qui comporte des divergences : D’un côté l’aspect stérile, futile, qui consiste à flatter des égo au mauvais endroit. De l’autre, l’idée de curiosité, d’échange, de rencontres, de surprises. Donc oui, j’aime beaucoup sortir, étant quelqu’un d’assez curieux. J’aime aussi  découvrir des choses, et d’ailleurs en élargissant mon champ d’activité, j’accepte totalement de ne pas connaître toutes les techniques, tous les savoir-faire. Je me nourris donc du savoir-faire des gens avec qui je collabore. 

Y a-t-il eu des rencontres qui ont eu un impact sur votre parcours ?

Bien sûr. On peut aider de façon concrète, mais aussi en discutant, plus indirectement. Il y a eu des gens comme Jay-Jay Johanson, Philippe Areno, les Kolkoz avec qui je suis resté très proche, Benjamin Biolay… Mais aussi des gens qui m’ont apporté sans le savoir : l’univers de Jacques Demy et de Jacques Tati. Je suis aussi très proche de Lionel Esteve, une rencontre très importante dans ma vie d’artiste… Dans le design, il y a aussi ceux qui m’ont concrètement aidé : les gens de la manufacture de Sèvres, comme David Caméo. Et puis Paul Silvera, qui m’a beaucoup soutenu.

En parlant de design, vos objets sont fortement en lien avec la mémoire, comme ces bougies parfumées dans lesquelles vous avez matérialisé vos souvenirs…

J’aime cette idée de souvenir. Mon travail est basé sur un souvenir personnel, un élément qui paraît très simple, et qui va devenir comme un point d’accroche pour la personne qui le regarde. Pour cette idée de bougies, je suis parti d’un verre ballon. Un objet qui, de prime à bord, n’a rien à voir avec une bougie. Ca m’intéresse de jouer avec cette perte de repère. Parce qu’immanquablement, tout le monde sait ce qu’est un verre ballon, mais passé quelques secondes, la vision que l’on a de l’objet change, et la bougie apparait.

Vous soutenez une association qui s’appelle « Entrée payante ». Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

C’est une opération  qui a lieu tous les ans autour de la journée contre l’homophobie (17 mai, ndlr). Car en dehors de ces cercles mondains, il y a une homophobie grimpante, qui va de pair avec toutes les lois dont on est en train de parler en ce moment. C’est donc une  manière un peu grinçante d’interpeler les gens : On appose des pastiches de panneaux « sens interdit » où sont inscrit « entrée payante », sur des portes de lieux gratuits. Evidemment, cela crée la surprise. Et sur ce panneau sont également inscrit les messages que nous voulons véhiculer. C’est une opération très grand public, des Galeries Lafayette à Colette, en passant par les petites librairies, les galeries, etc.

Qui recevriez-vous, dans votre salon mondain?

Toutes les personnes susnommées, qui seraient  des sociétaires permanents et les membres fondateurs. Puis on y inviterait des gens que l’on ne connait pas, pour les rencontrer, et échanger !

Propos recueillis par Benjamin Belin
http://www.joselevy.fr/
Exposition « JUODOGI » à la Next Level Galerie, jusqu’au 3 novembre 2012
http://www.nextlevelgalerie.com/fr/exposition/current

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