Carole Chrétiennot L’hédonisme littéraire 13.11.2015 #art

La culture de l’hédonisme, je l’ai en moi de par ma famille

Co-fondatrice du Prix de Flore avec Frédéric Beigbeder, Carole Chrétiennot nous a ouvert les portes du café germanopratin avant de couronner Jean-Noël Orengo pour son premier roman («La Fleur du Capital», chez Grasset). Sans langue de bois, elle nous dévoile le secret de longévité du Prix et sa vision de l’hédonisme. Rencontre à quelques heures de la soirée littéraire mondaine la plus attendue de l’année.

Quelle est la particularité du Prix de Flore, au delà de ses murs illustres ?

Le Flore a toujours été un lieu de bagarres d’idées, avec, par exemple, la Bande à Prévert qui était venue s’y installer après avoir été virée des Deux Magots… Ils étaient tout le temps en train d’échanger. Quand on a créé le Prix avec Frédéric (Beigbeder), on avait dans l’idée de préserver l’histoire du Café de Flore en réunissant un jury aux idées contraires (artistes, politiques, etc.), qui ne pourrait pas être ami dans la vie. Bien sûr, on souhaitait aussi soutenir la jeune littérature. Par chance, l’année du lancement (1994) a connu une rafale d’auteurs brillants, Ravalec, Houellebecq, Despentes… La particularité du Prix de Flore est donc la conjonction du respect de l’histoire du Café, de gens de grand talent qui sont de très bons lecteurs, et du moment littéraire où on est arrivés.

Avec ce Prix, avez-vous cette volonté de perpétrer les grandes heures des mondanités littéraires ?

Complètement, même si le Prix n’est ni un cercle, ni des mondanités. L’idée est plutôt de continuer à donner des heures à des livres qui passent inaperçus des grands prix. Je pense que c’est en cela qu’on nous reconnaît.

Cette soirée est attendue par le Tout-Paris et fait office de rareté dans le milieu. Selon vous, pourquoi un tel succès ?

En 1994, Frédéric m’a emmenée sur sa mobylette en me disant «on va faire tous les cocktails littéraires de Paris pour voir ce qu’il ne faut pas faire». Étant tous les deux assez festifs, on a décidé de ne pas faire comme les autres et on a lancé la soirée littéraire, glamour, mondaine, de l’année. Pour un prix littéraire, il n’y avait aucune fête comme ça. Maintenant, tout le monde le fait…

La soirée du Prix de Flore, c’est aussi un buffet digne d’une fête olympienne. Au delà de la culture à proprement parler, on peut dire que c’est aussi une culture de l’hédonisme…

La culture de l’hédonisme, je l’ai en moi de par ma famille. Frédéric aussi est très très hédoniste, il suffit de lire ses livres! Pour moi, c’est plutôt une qualité. On veut partager ça, il y a donc une forme de générosité. D’ailleurs, je salue le Flore pour ça, qui est très généreux en termes de boissons et de buffet à volonté. Je pense que dans toutes les fêtes, une jolie fille à regarder ne déplaît jamais, des gens d’esprit à écouter (quand on peut les entendre) non plus… On met tout en oeuvre avec Frédéric et Pascal Richard de chez Gallimard (notre attaché de presse) depuis tant d’années pour mélanger l’esprit, la beauté, la gaité, la jeunesse, la vieillesse éthérée… Dans notre listing d’invités.

Qui avez-vous sacré cette année et pourquoi ?

Jean-Noël Orengo pour La Fleur du Capital chez Grasset. C’est un livre énorme de 800 pages, son premier roman, qui est d’une ambition… Il doit avoir une folie créatrice, une boulimie des mots… C’est un très beau livre, nous sommes très fiers de l’avoir couronné.

Vous avez co-fondé le prix avec un oiseau de nuit avéré, Frédéric Beigbeder. Qu’est-ce qui « matche » tant entre vous deux ?

Cela est sûrement dû au fait qu’on n’a jamais fait l’amour ensemble! Je l’adore, il est très fidèle en amitié. Je pense qu’il m’aime beaucoup aussi, et on ne peut pas se disputer, c’est impossible.

Un question que vous aimeriez lui poser ?

Qu’est ce qui fait que plus il vieillit, plus il est beau ? Ça, c’est un vrai truc dégoûtant! Sinon, j’ai l’impression que je sais tout. On est comme un vieux couple alors je n’ai pas de question secrète. Quand j’en ai une je la pose et il me répond.

Quel enjeu le Prix représente pour l’institution du Café de Flore ?

L’enjeu, c’est de ne pas devenir un lieu muséal, qu’on arrive à se renouveler. On ne sait pas pourquoi on a autant de succès avec les jeunes, mais la soirée du Prix de Flore est notre bain de jouvence de l’année. Plus les années passent, plus on vieillit et plus les gens qui viennent sont jeunes. Je trouve ça magique, et c’est le but. Rester un lieu de vie, qui se perpétue.

Propos recueillis par Sabina Socol.

Les photos de la soirée

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