Marc-Olivier Wahler et Jim Shaw Marc-Olivier Wahler et Jim Shaw 28.10.2013 #art

Marc-Olivier Wahler inaugure un nouvel opus du Chalet Society avec un artiste invité unique en son genre : Jim Shaw, et ses archives de l’Hidden World. Un clin d’oeil / pied de nez à ces groupes sectaires made in USA aussi créatifs que barrés, mis en scène dans une exposition pleine de surprises, qui fait revivre par la même occasion une école abandonnée de Saint Germain-des-prés. Rencontre croisée entre deux trublions de l’art contemporain.

Comment vous-êtes vous rencontré?

JS : Il y a pas mal d’années au Swiss Institute.

MOW : C’était en 2003, quelque chose comme ça … Tu avais ton exposition au Casino.

JS : Oui la première fois qu’on a travaillé ensemble, c’était au Swiss Institute, puis à New-York.

Qu’est qui vous a donné l’idée d’exposer Jim ici ?

MOW : Et bien, en 2003 il y avait cette super expo, The Horizon, où tu exposais toutes tes images…

JS: Exact! Et on a parlé de cette idée que j’avais d’exposer l’Educational Art. A ce moment là, mon rêve était de montrer les dessous de la Watch Tower Society, avec des pièces originales du Docteur Nedder … Mais ça n’aurait pas pu se faire sous la pression des groupes religieux. Ici il y a peu d’oeuvres originales dans cette expo. Quelques-unes par ci mais ça reste des impressions. J’aurais pu avoir des pièces de Zukowsky mais je voulais garder l’aspect de propagande produite en masse. La plupart de ce qui est exposé ici est « educational ».

Pourquoi l’exposition s’appelle « The Hidden World »?

JS: Et bien … ils voulaient un titre! C’est vrai qu’il y a beaucoup de titres accrocheurs chez les Témoins de Gehova. Ils ont toujours de bons titres … Comme « Vivez pour toujours dans un paradis sur Terre ». Ca aurait pu être un bon nom pour l’expo mais je ne suis pas sûr qu’ils auraient aimé qu’on l’utilise pour ça …

Depuis Museum of Everything, Chalet Society s’est créé une vraie légitimité dans l’Art Contemporain, notamment en exposant des artistes méconnus aux histoires atypiques. Avez-vous l’impression de jouer un rôle important envers le public?

MOW: Oui je pense que c’est important de montrer au public des choses qu’il ne peut pas forcément voir ailleurs. C’était important pour moi de réaliser une exposition hors du commun que je n’aurais pas pu faire au Palais de Tokyo par exemple. Je veux dire par là que j’ai pu y montrer des artistes en marge mais c’était toujours rattaché à un ensemble plus global et cohérent. Mais au Chalet, l’espace invite à autre chose. Exposer des « outsiders » a plus de sens ici!

Ce projet vous a donc ouvert de nouvelles perspectives?

MOW: Oui, enfin j’ai toujours voulu trouver la bonne manière ou le bon langage pour expliquer ce qui se passe dans l’art contemporain, au delà des formules formatées par les gens travaillant sur le marché de l’art contemporain. Leurs mots ne sont pas si utiles et pertinents. Mais si vous essayez de dépasser cette sphère et de mettre le doigt sur une nouvelle façon d’exprimer et révéler l’art, alors ça devient intéressant. Les artistes « outsiders » sont intéressants car ils ont été oubliés par la Grande Histoire de l’Art, mais certainement pas oubliés des vrais grands artistes. Donc c’est pour moi un moyen de toucher l’histoire de l’art. Puis l’idée m’est venue de me tourner vers ces artistes non pas seulement oubliés mais qui ont aussi disparu de la circulation. Et un but plus grand est arrivé! Il y a ceux commissionnés par les églises américaines pour illustrer des histoires … Nous avions commencé un travail là dessus l’année dernière à Los Angeles mais il s’agissait d’une exposition groupée et bien plus petite qu’ici. C’est donc venu naturellement. Et pour moi c’est un rêve de travailler avec Jim, que je connais depuis plus de 10 ans. Nous avions eu l’opportunité de faire des choses ensemble déjà au Palais de Tokyo mais là, avec Chalet Society, nous avons la chance de faire quelque chose de bien plus grand!

Parlez-nous un peu de ce nouveau projet, l’exposition et tout ce qu’on va pouvoir trouver au Chalet Society dans les semaines à venir.

JS: Quand j’étais ado, j’ai commencé à collectionner des trucs d’arts que je trouvais dans des vieux magasins d’occasion, à propos des soucoupes volantes, etc. Puis adulte, j’étais dans une collocation et un des colloc était installateur de TV cablée. C’est là que j’ai commencé à regarder tous ces trucs chrétiens à la TV et à avoir conscience de ce « hidden world »: chrétiens conservateurs … Et quand je suis arrivé à Los Angeles, il y en avait des encore plus fous, comme Doctor Jegger, Ms. Velma … Depuis, j’ai juste développé cet intéret … D’autres pièces de cette exposition m’ont été livrées ou apporté par mes élèves jusque devant ma porte.

Avez-vous une anecdote concernant l’une des images que vous exposez ici? Quelque chose de spécial à vous yeux?

JS: Special pour moi … Et bien, j’enseignais à Las Vegas et Vegas se trouve être la plus forte concentration d’églises de toute l’Amérique! Et on regardait un documentaire où ils expliquaient que les Mormons étaient souvent recherchés pour occuper des postes de courtiers dans les Casino, car ils incarnaient un gage moral; ils ne buvaient pas, ne pariaient pas, etc. Ca m’a semblé être un bon résumé de la logique corporate et capitaliste américaine. D’un côté ces chrétiens conservateurs, tiens comme les parents de mes amis qui viennent de ma ville natale, qui bossent pour le laboratoire Daw Chemical et qui sont d’un côté bons sous tout rapport « good people » et qui en même temps ont participé à la création du napalm, de la silicon pour seins, etc. J’ai aussi réalisé à ce moment que beaucoup de mes élèves étaient chrétiens, ce qui est plutôt anormal dans une école d’art. Enfin il y en a mais ils n’en parlent pas, ça les gêne. Et un jour, un de mes élèves s’est écrié « Oh mais le livre Bethel! Je l’étudiais à l’église … ». Donc voilà pour ce qui est des anecdotes …

Le public américain a plus l’habitude que les français de voir autant de diversité religieuse et d’en être entouré dans la rue, à la TV … Comment pensez-vous que les visiteurs français vont réagir à l’exposition?

JS: Et bien, quand j’ai fait mon exposition à Bordeaux, elle traitait de la montée de la sphère politique chrétienne et de son influence sur une politique américaine qui part en vrille. C’était fou de voir qu’un pays aux supers pouvoirs (USA), guidé à l’époque par G. Bush, était en fait élaborée et maintenue en place par ces groupes de blancs chrétiens. L’Amerique subit et génère moins de tout ça depuis la fin de Bush – et je pense que c’est une bonne chose – mais il y a toujours des trucs fous qui ressortent comme sur l’anti-avortoment. Donc il y a toujours des groupes radicaux affectant l’Amérique et sa politique. Et je suis sûr que les Témoins de Géhovah, les Scientologistes, Les Mormons, … se répandent en Europe et sont des religions en expansion.

MOW: Les scientologues ont été bannis de France.

JS: Oh je pensais que c’était l’Allemagne … Alors tu fais quoi quand t’es scientologue et que tu vis en France?

M.P: Tu déménages! (rires)

MOW: Tu deviens un artiste! (rires)

Propos recueillis par Marie Polo

Exposition The Hidden World – Jim Shaw

Au Chalet Society jusqu’au janvier / 14 Boulevard Raspail – Paris 7e

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