fbpx
26.05.2022 #lifestyle

Nic Kaufmann

Au delà des apparences

« Ayez confiance en qui vous êtes et portez ce que vous voulez »

« Je ne veux pas montrer mon corps à ceux qui ferment souvent les yeux, quand il s’agit de louer la beauté de mon esprit et de mon âme » (Nikita Gandhi)

« Esprit » et « âme » sont deux mots qui signifient beaucoup pour Nic Kaufmann, un jeune créateur de contenu TikTok dont l’héritage est mi-indien et mi-allemand. Nous commençons notre conversation en parlant de ses origines, et il est bien conscient de sa chance. Honnête sans être imprudent, il est déterminé et aborde les choses sans détours. Mais surtout, Nic est Nic, et personne d’autre. Sur les réseaux sociaux, il est facile de se forger une identité, parfois totalement différente de la réalité. Pourquoi ? Pour être accepté. Mais pour Nic, il existe un autre versant aux réseaux sociaux : la possibilité d’être soi-même, de regarder au-delà des apparences, de se sentir bien dans sa peau et de promouvoir le multiculturalisme. Le genre de contenu que nous soutenons et apprécions.

Parlez-nous de votre parcours jusqu’à la création de contenu, comment cela a-t-il commencé ?

J’ai grandi à Singapour et j’y ai terminé mes études. Ensuite, j’ai déménagé à Munich, car je voulais étudier l’informatique. Au début, je ne connaissais personne. J’habitais en dehors de la ville, près de l’université, ce qui n’a rien arrangé. Alors j’ai téléchargé TikTok sur mon téléphone et j’ai commencé à regarder des vidéos. Je ne pouvais plus m’arrêter. Puis je me suis dit :  » Moi aussi, je peux le faire « , et j’ai commencé à poster des vidéos sur mon compte. Certaines d’entre elles sont devenues virales, j’avais du succès, donc j’ai commencé à le faire de façon plus officielle, plus régulière. Pendant un an, ma vie a été partagée entre l’université et la création de contenu pour TikTok. Je voyageais beaucoup, et c’était une activité chronophage. Entre la fac et TikTok, il a fallu choisir. Et j’ai choisi les réseaux sociaux. Sincèrement, je ne regrette rien. La pandémie et le confinement ont joué en ma faveur puisque nous étions tous enfermés à la maison. Avec le temps, mon compte a commencé à s’étoffer. Lorsque le confinement a pris fin, et que j’ai enfin pu sortir, j’ai commencé à poster des vidéos plus « modes ». Et me voilà maintenant sur la scène de la mode.

Dans votre portfolio, on trouve des collaborations avec BMW, Dior, Dior Beauty, Hugo Boss, Lacoste, Louis Vuitton, Prada, Ralph Lauren et bien d’autres. Et il y a trois semaines, le monde de la mode vous a conduit jusqu’au Festival de Cannes …

Oui, je suis allée à Cannes avec Dior. C’était ma première fois là-bas. Nous avons pris l’Orient Express de Paris pour nous rendre sur la côte. Et le contenu que nous avons créé là-bas était vraiment extraordinaire. L’expérience dans le train était magnifique. C’était une aventure inoubliable.

Parmi vos collaborations, il y a une collaboration spécifique avec la société allemande d’e-commerce About You, qui organise chaque année les « About You Awards ». Cette année, le prix avait lieu à Milan. Vous avez été nominé dans la catégorie Style et vous avez gagné. Quel est votre état d’esprit ?

Je n’avais jamais gagné de prix auparavant, du moins pas un prix physique, et je n’étais jamais monté sur scène. Je parle généralement devant une caméra, jamais devant une foule. Mais je pense que ce prix est le résultat de mon travail acharné.

Comment décririez-vous votre style ?

Je n’ai pas de style spécifique et bien défini. J’aime explorer et essayer différentes esthétiques. Et avec mes looks, je veux montrer que l’on peut porter ce que l’on veut.

Il semble que vous vouliez briser la masculinité toxique avec vos looks…

Absolument, c’est ce à quoi j’aspire. D’ailleurs, dans ma bio Instagram, la première phrase que l’on peut lire est : « Ayez confiance en qui vous êtes et portez ce que vous voulez ». Parce que c’est le message que je veux diffuser sur les réseaux sociaux. Tout le monde devrait être libre de porter ce qu’il veut. Être à l’aise dans sa peau et se sentir vraiment soi-même. On ne devrait jamais avoir à se cacher en prétendant être quelqu’un d’autre. Chacun est unique à sa manière, il faut savoir le reconnaître et refléter qui on est.

Était-il difficile pour vous de défendre votre style ?

Non, pas vraiment. Quand j’étais à l’école, j’étais victime de harcèlement, mais je ne réalisais pas que c’était à cause de ce que je représentais. Je pensais simplement que les gens étaient méchants avec moi. Je ne me plie jamais à la volonté de quelqu’un, j’ai toujours cru en moi. Quand j’étais dans ma chambre, en train de faire des vidéos, j’étais moi, et simplement moi. Et personne ne pouvait me forcer à changer. J’ai donc commencé à partager cet état d’esprit avec les personnes qui avaient besoin de se sentir acceptées, de faire partie d’un groupe. Ma voix solitaire voulait dire qu’il n’y a pas de mal à être soi-même et qu’il faut l’accepter.

J’ai lu que vous vouliez créer deux marques : une société de soins capillaires et une société de mode en ligne. Où en êtes-vous ? Devons-nous nous attendre à quelque chose de nouveau ?

Sur mes réseaux sociaux, je parle beaucoup de coiffure et de mode. J’ai fait plusieurs tutos coiffure. Je veux créer une entreprise de soins capillaires mais pas spécifiquement pour les hommes ou les femmes, genderless. En ce qui concerne la mode, j’aimerais créer un e-commerce de streetwear axé sur des vêtements abordables mais de provenance éthique. Mais à l’avenir, dans cinq ou huit ans peut-être, j’aimerais créer ma propre marque. J’adore réaliser des croquis et lorsque ma vie de créateur de contenu ralentira un peu, j’aurai suffisamment de temps pour penser à ma collection. Par ailleurs, je suis bien conscient que la phase de recherche et de conception sera longue. L’une des choses les plus importantes pour moi est la durabilité de ma marque, non seulement en termes de tissus, mais aussi sur le plan éthique. Je suis partiellement indien et je sais donc précisément ce que cela signifie d’être sous-payé et de travailler dans de mauvaises conditions. Il est de ma responsabilité de donner aux employés la valeur qui leur revient.

Cette marque, aimeriez-vous lui donner votre nom ?

Non, je ne pense pas. 

Quelles sont les marques que vous admirez ?

Je m’intéresse bien sûr aux marques qui tentent de briser les inégalités entre les sexes. Par exemple, j’ai adoré la dernière collection Valentino, conçue par Pierpaolo Piccioli. Je suis aussi fan des tricots Gucci et des créateurs japonais.

Pourquoi avez-vous dit à vos followers sur les réseaux sociaux de ne pas vous payer ?

En général, sur les réseaux sociaux, lorsqu’un follower vous donne de l’argent, pendant un livestream, la plateforme prend un pourcentage des bénéfices. Beaucoup de mes followers sont jeunes, donc ils ne le savent pas. Je ne trouve pas ça juste. Ils devraient consacrer leur argent à d’autres choses. Je gagne déjà suffisamment d’argent avec les réseaux sociaux, je n’ai donc pas besoin de recevoir une rémunération supplémentaire de leur part. Je préfère être payé par les marques en tant que créateur de contenu.

Vous investissez l’argent que vous gagnez dans les NFT et les crypto-monnaies. Pensez-vous que c’est l’avenir de l’investissement ?

Non seulement cela, mais c’est aussi une tendance du moment. J’aime diversifier mes investissements. En fait, une part importante de mon patrimoine est investie dans des actions et des ETF. J’aimerais aussi investir dans l’immobilier, mais pour l’instant je n’ai pas le temps, car ce type d’investissement demande beaucoup d’efforts. Quoi qu’il en soit, j’avais deux petits NFT, mais je les ai vendus très rapidement. Et j’ai eu de la chance : le marché est aujourd’hui en déclin.

Avez-vous fait cela tout seul ou quelqu’un vous a-t-il aidé ?

Pour être honnête, je fais difficilement confiance, surtout quand il s’agit d’argent. En définitive, c’est souvent chacun pour soi.

Certains influenceurs ont déclaré qu’ils quittaient TikTok parce que c’était trop difficile. Pourtant, vous comme d’autres avez réussi, alors quel est, selon vous, le secret de la réussite sur cette plateforme ?

Je ne pense pas qu’il y ait de secret. Mais je peux vous dire une chose:  si vous envisagez d’abandonner, vous auriez tort de le faire !  Faire carrière sur TikTok ça ressemble un peu à des montagnes russes. Pendant un mois, vous vous en sortez très bien parce qu’il y a une tendance qui correspond parfaitement à votre contenu, mais le mois suivant, vos vues sont en baisse parce que votre contenu n’est pas viral. Je pense qu’il faut continuer à aller de l’avant, en créant du contenu nouveau et unique. Ensuite, les bons followers viendront et vous créerez votre propre communauté.

Pendant votre discours, lorsque vous avez accepté le prix About You, vous avez dit : « peut-être que le prochain prix sera pour quelque chose de plus musical »…

J’ai commencé à faire de la musique grâce aux réseaux sociaux. Il y a tellement de portes qui s’ouvrent en ce moment, il me suffit de passer par la bonne porte. J’ai déjà enregistré une démo et je suis très enthousiasmé par ce projet !

 

Interview : Flavio Marcelli

Photos : Thomas Razzano  

More Interviews

Tout voir