Para One Dj mais pas que ! 12.11.2014

Le studio, la vie et la scène sont une seule et même chose pour moi !

Dj, producteur, Jean Baptiste de Laubier aka Para One est un amoureux du son et, on le sait moins, un amoureux des images. On l’avait quitté après son album ‘Passion’, qui a tourné en boucle tout l’été 2012. On le retrouve derrière la production de la BO la plus remarquée de cet automne, celle du dernier bébé ciné de Céline Sciamma intitulé « Bande de Filles ». Un exercice de style qu’il avait déjà réussi auparavant. Rencontre avec un chef de bande aguerri.

Tu viens de signer la BO du dernier Sciamma, « Bande de filles ». Peux-tu nous parler de ce projet ?

Je savais que Céline travaillait sur ce projet depuis un moment, on en a parlé à différentes étapes de sa conception, mais ce n’est que l’an dernier qu’elle m’a demandé « officiellement » si ça m’intéresserait de composer les thèmes du film. J’ai regardé un premier montage et j’ai bien sûr accepté. L’idée était de composer un thème unique mais de l’arranger différemment à chaque chapitre, en partant du plus minimaliste au plus chargé, pour qu’à chaque avancée du récit on ait une charge plus forte sur le personnage. A côté de ça, j’ai proposé des chansons et de la musique à l’image pour d’autres passages du film. On a cherché à faire quelque chose d’aérien et de romantique, et d’éviter les écueils trop attendus du film « urbain ». Je suis très fier du résultat et du film en général.

En fait tu as la charge de toutes les BO de ses films. Qu’est-ce qui, dans votre relation, explique la pérennité de cette collaboration ? Et quelle en est la genèse ?

On s’est connus sur les bancs de la Fémis, en 2002. On est vite devenus très amis et on a travaillé ensemble, sur mes films, pendant plusieurs années, avant l’étape décisive qu’a été « Naissance Des Pieuvres ». Céline sait très bien ce qu’elle veut et j’espère que si elle fait appel à moi, c’est parce qu’elle pense que c’est le bon choix, même si l’amitié joue forcément un rôle dans notre collaboration. On arrive à penser et à être émus ensemble, alors je ne vois pas de raison d’arrêter.

En tant que producteur (et DJ), quelle différence fais-tu entre la composition personnelle et la composition de musiques de films ?

C’est, bien sûr, très différent. J’aime la musique de film parce que, par définition, elle doit laisser de la place. Elle ne doit pas étouffer l’imaginaire mais le libérer, et c’est une contrainte passionnante. C’est aussi difficile, parce qu’il faut être au plus près de ce que la scène raconte. De façon générale, c’est une libération de travailler pour les autres et de s’adapter à leurs intentions.

C’est qui, la ‘bande à Para One’, en studio et dans la vie ?

Le studio, la vie et la scène sont une seule et même chose pour moi ! Ma bande est constituée des gens avec qui j’aime travailler, avec qui je partage une vision artistique. En cinéma, il y a Céline, son monteur Julien Lacheray, mon amie Rebecca Zlotowski, et bien d’autres. Dans la musique, on a notre équipe « Marble » avec Bobmo, Surkin, Club Cheval… Mais on est aussi très proches de Bromance et Sound Pellegrino, par exemple.

Avec la déliquescence de l’industrie du disque, êtes-vous contraints de plus tourner ? T’arrives-t-il, à force de cumuler les dates, de jouer à contre-coeur ?

Je ne vis pas la tournée comme une contrainte. Plus que jamais, j’aime monter sur scène parce qu’au fil des ans c’est devenu un vrai terrain d’expression. J’ai développé une relation durable avec un certain public, même s’il se renouvelle forcément, et c’est un accomplissement pour moi. Si je devais me forcer à jouer, j’arrêterais immédiatement et je chercherais un autre moyen de gagner ma vie. Un artiste a du mal à mentir, une fois sur scène, si on sent qu’il n’a pas envie d’être là, le public ne lui pardonne pas !

Comment as-tu vécu / vis-tu l’arrivée d’Internet dans tout ça ?

Je fais partie d’une génération qui a démarré avec Internet. C’était pour nous un outil, qui nous a permis de rencontrer des artistes à l’étranger et de diffuser nos idées. Dans le même temps, ça a provoqué une immense crise de l’industrie du disque mais je trouve ça plus dur pour d’autres corps de métier, les gens qui voudraient travailler dans la musique, défendre des projets, et qui ne peuvent plus gagner leur vie. Les artistes eux-mêmes trouvent d’autres solutions pour exister, et je n’ai pas à me plaindre.

Où va-t-on te retrouver dans les mois à venir ? Des projets ?

Je suis en train de travailler sur un très gros projet que j’ai lancé, qui réunit cinéma et musique, pour lequel je voyage beaucoup. Donc si on ne me retrouve pas en maison de repos l’an prochain, ce sera sûrement sur un plateau de tournage !

Propos recueillis par Benjamin Belin et Amandine Flament

‘Bande de filles’, de Céline Sciamma – Dans les salles depuis le 22 octobre
Le Soundcloud de Para One

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