Bertrand Burgalat & Benoit Forgeard Talk show Aperitivo #1: spécial pop-culture 14.06.2016 #média

TALK SHOW APERITIVO
Rencontres culturelles entre amis de bonne famille artistique à l’heure de l’Apéritivo

 

Séance 1 : Bertrand Burgalat & Benoit Forgeard

 

Le premier « Talk Show Aperitivo » par Saywho, en collaboration avec Peroni Nastro Azzuro et le Caffè Artcurial, a réuni deux fers de lance de la pop culture française : le compositeur et muscien Bertrand Burgalat avec le réalisateur Benoît Forgeard. Ils ne se quittent depuis les émissions musicales qu’ils ont co-créées sur Paris Première : les Ben & Bertie Shows. Le long métrage Gaz de France, qui sort actuellement en DVD, constitue un autre point d’orgue de leurs expériences artistiques partagées. En intégralité, la retranscription de leur rencontre qui s’est déroulée le 2 juin dernier pendant le moment Aperitivo. Elle fut animée par un autre activiste de leur famille artistique, le journaliste et auteur Jean Emmanuel Deluxe (contributeur de la revue Gonzaï et auteur de Yéyé Girls of ‘60s French Pop). Un événement co-produit avec Artdicted.

Jean-Emmanuel Deluxe : Pour commencer, Benoît, connaissais-tu le travail de Bertrand auparavant ?

Benoît Forgeard: Je l’ai fantasmé avant de le rencontrer. Je connaissais Bertrand par ses différentes collaborations dans les années 90, j’ai commencé à écouter ce qu’il a fait dans son label Tricatel, ses albums solo et un jour je l’ai rencontré.

JED : Comment s’est passé cette rencontre, Bertrand ?

Bertrand Burgalat: Il y a quatre ou cinq ans, j’ai accepté une invitation à Radio Sciences Po par des étudiants, dans une émission assez étonnante avec des gens de 23-24 ans drôles, pas conformistes. Benoît était l’un des invités. J’ai ensuite acheté ses œuvres complètes et là, j’ai été époustouflé par ce cinéaste qui faisait des choses qui ne ressemblent à rien de ce qu’on pouvait connaître, notamment parce que son travail est très lié au numérique.

JED : Votre première collaboration a été un format original pour la télévision, le Ben & Bertie Show, à la fois émission musicale et fiction. Comment vous est venu ce concept ? 

BF : Suite à notre rencontre, Bertrand me parle de son projet pour Paris Première, une émission d’1h30 pour le réveillon de la Saint-Sylvestre, un genre réputé difficile. Nous l’avons montée en quelques semaines, en réunissant des amis, des gens qu’on appréciait et admirait au Studio Ferbert, un studio un peu mythique. L’idée était de créer un souvenir télévisuel en mélangeant le direct et la technique du fond vert pour lui donner du cachet, bien qu’elle ne soit pas à priori adaptée au direct musical

JED : Au cours de cette collaboration, qu’avez-vous découvert l’un de l’autre ?

BF : Je connaissais sa sophistication et son envie de faire de très belles choses, et Bertrand m’a laissé beaucoup de latitude dans la réalisation. Dans ce show, le direct est essentiel. Bertrand est très exigeant et ne voulait pas que les éléments habituels du direct apparaissent, donnant une impression de fluidité.

BB : C’est paradoxal, cette émission en direct qui n’en a pas l’air alors que la plupart des émissions estampillées live aujourd’hui sont en playback. J’étais parti sur une émission plutôt classique et Benoît y a apporté l’idée de fiction musicale, c’est-à-dire l’insertion de séquences musicales réelles dans une écriture. Nous avons voulu une émission de service public idéalisée, c’est-à-dire regroupant toutes les générations, les grands anciens, des inconnus, des gens qui font du classique.
L’idée n’était de refaire ce qui avait été fait de manière glorieuse auparavant mais d’en reprendre la technique et d’utiliser le numérique pour l’enrichir. Le Ben & Bertie Show donc a été tourné comme un Scopitone, avec peu de changement de plans avec des musiciens jouant vraiment dans l’esprit de celui de Vince Taylor réalisé par Alexandre Tartra, d’une pureté totale.

JED : Parlez-nous de cette séquence hommage à Daft Punk, dans la première émission. 

BB: A la suggestion de Benoît, j’essaie de contacter Daniel Darc pour qu’il vienne chanter J’irais au paradis. Sa réponse tardive arrive le premier jour de tournage, sur deux, et il me dit vouloir venir le lendemain à 17h. Le tournage étant très serré, je lui laisse un nouveau message en lui proposant de venir à la prochaine émission. Le lendemain, n’ayant pas écouté le message, Daniel arrive et malgré le timing serré, je n’ai pas osé lui dire non. Nous avons fait ce morceau, il a improvisé en une prise.

JED : Pour Gaz de France, comment as-tu composé la bande originale du film ?

BF : Faire composer la bande son d’un film est très délicat car cela engage fortement et représente beaucoup de travail, raison pour laquelle beaucoup de mes collègues choisissent des morceaux existants.
J’aime l’idée d’une musique originale, c’est assez luxueux. Imaginer que Bertrand puisse la faire m’a mis en confiance, donc j’ai osé lui demander malgré la petitesse de notre budget. En montant le film, j’ai placé des morceaux qu’il avait réalisés pour d’autres productions, de sorte qu’au visionnage, il n’était pas intimidé par le niveau musical puisque c’était le sien.

BB: La musique de film est affaire de compréhension, de dialogue. Le numérique a compliqué le rapport entre musique et image. Avant, c’était très dissocié. Le réalisateur faisait et montait son film. La question de la musique se posait ensuite. Avec les tables numériques, la musique vient tout de suite rythmer le montage. Pour un musicien, devoir faire mieux que Bullitt dans une scène de poursuite est écrasant. Benoît est en ce sens un super réalisateur car il sait transmettre sans utiliser des références qui vont inhiber.
Deux choses sont importantes : la vision du réalisateur, et créer ce qu’on pense être bon tout en étant au service du film. On peut produire beaucoup de choses, y être attaché sans que rien ne soit gardé pour le film. Beaucoup de disques sont nés de cette manière. Une grande partie de Dark Side of the Moon venait de ce qu’Antonioni a rejeté lorsque Pink Floyd a créé la musique de Zabriskie Point.
Un certain nombre de professions intermédiaires, comme le superviseur musical, se sont développées dans la création, pour rendre les choses plus fluides mais en réalité, c’est pour résoudre un problème de langage. Un réalisateur qui dit qu’il n’a pas envie de violons ne veut pas nécessairement exclure l’instrument. C’est là où le dialogue doit intervenir directement entre réalisateur et musicien. Pour moi, un bon réalisateur est quelqu’un qui sait s’exprimer directement avec les différents corps de métiers, acteurs, décorateurs, musiciens.

Crédit musique générique :
« Club Privé » composé par Baptiste Thiry, interprété par Mathieu Franot
Extrait de l’album Annie Girardot à Coeur Ouvert
Adamis Production – Frédéric Leibovitz Editeur

 
« Gaz de France »
Réalisé par Benoît Forgeard
Musique de Bertrand Burgalat
 
Disponible en DVD et VOD
Yéyé Girls of 60s French Pop
De Jean-Emmanuel Deluxe
Editions Feral House
 
Retranscription : Lily Templeton
Photographe : Virgile Guinard

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