Yann Weber Une revue nommée Antidote 30.09.2014 #mode

La mode accompagne notre humeur, ce que l’on ressent, ce que l’on est.

Fondateur et Directeur passionné, Yann Weber creuse pour Antidote les tunnels d’une vraie fourmilière qui fait naître, tous les six mois, une revue de 250 pages plébiscitée par le Tout-mode. Cet amoureux des images nous en livre les secrets de fabrication, quelques jours après la sortie (et la soirée) de son numéro 8, tout dédié à la nuit et au photographe Miguel Reveriego.

Peux-tu nous retracer ton parcours en quelques mots et celui d’Antidote ?

J’ai fait une école de stylisme de mode puis j’ai enchainé par un stage parce que dans la mode on commence toujours par des stages. J’intervenais en tant que « styliste antenne », je «lookais» les animateurs et les artistes sur le plateau. Puis j’ai commencé à m’ennuyer parce que je sentais que ma créativité avait besoin de s’exprimer davantageJ’ai ensuite travaillé pour différents magazines de mode. A cette époque, je suis devenu boulimique d’images. Je découvrais les univers et les visions des photographes, des créateurs, des génies de l’image. Je construisais ma propre culture, mes références et précisais mon style. Du coup, je me suis senti en décalage avec le formatage de la presse mode classique, j’éprouvais l’envie et le besoin d’exprimer pleinement ma propre vision. J’ai crée alors Antidote avec l’objectif de développer un projet qui intègre ma passion pour les livres et les photos et qui soit en même temps un positionnement singulier dans le marché de la presse mode. Un objet luxueux avec un concept simple: s’amuser à créer autour d’une thématique fil rouge et collaborer main dans la main avec un photographe pour imaginer et shooter l’ensemble les images du magazine (plus de 150 pages par numéro). Au final, l’ambition est de réaliser une sorte de thèse sur une thématique traversée par des sujets transversaux en termes d’éditorial

Le numéro 8 porte le titre “The night issue”. A tes yeux, qu’est-ce que la nuit possède que le jour n’a pas ? Dévoile-t-elle une face cachée et plus sombre de la mode ?

On se demande souvent lorsqu’on voit les podiums, quelles sont les femmes et les hommes qui peuvent se permettre de s’habiller comme ça ? Mais surtout, quand ? Pas toujours facile… Alors j’ai eu envie de proposer un espace temps que nous connaissons tous et qui permet de tout oser, la nuit, seulement la nuit. On sort pour se faire voir et être vu, on ose « être ou ne pas être » ce que l’on est le jour. La mode accompagne notre humeur, ce que l’on ressent, ce que l’on est. Elle sait coller parfaitement au moment présent. Je pensais donc que ce numéro consacré à la nuit serait remplit de robes du soir, de talons aiguilles et de smoking pour les hommes et finalement pas tant que ça. Tout d’abord parce que les premières idées sont rarement les dernières mais aussi car la nuit est plus que ça, il y a le Soir et derrière la fête et la séduction il y a parfois la solitude, l’errance ou encore l’insomnie.

Tu livres chaque numéros aux mains d’un photographe. Comment le choisis-tu ?

De façon très instinctive, cela se fait toujours assez naturellement, je fais quelques recherches, les nouveaux, les anciens, ceux du moments, puis rapidement je deviens obsédé par la vision et le travail de l’un d’entres eux. À partir de là je les projette dans une thématique, c’est l’un des moments les plus excitants de mon métier, je commence à réaliser des moodboards et à construire ma réflexion. Une fois ce travail terminé, je les rencontre pour leur soumettre le projet et à partir de là, nous partageons pendant quelques mois une magnifique aventure humaine et créative.

Mannequins, stylistes, make-up artists, studios, photographes… derrière toutes ces belles séries se cache une vraie fourmilière de talents. Comment un magazine sans grands moyens financiers parvient-il à agréger un tel contingent d’artistes ?

Magazines indépendants ou grands groupes, nos budgets ne sont pas tellement éloignés. Antidote, Vogue ou Numéro, nous faisons ce que l’on appelle de l’éditorial, un moyen d’expression pour tous ces artistes de montrer leur talent à travers des images de mode. Le business est fait d’une telle façon que c’est à travers ces belles images que tous ces artistes seront contactés par de grandes marques, pour gagner (parfois) beaucoup d’argent ; même si ça n’arrive effectivement que dans un second temps. « Donner pour recevoir », en quelques sortes… On comprend donc que ce n’est pas l’argent qui motive tous ces grands photographes, mannequins, coiffeurs et maquilleurs à collaborer avec nous. En revanche je dois l’admettre, je suis toujours excité à l’idée d’avoir des filles comme KarlieKloss, Lara Stone, Mariacarla, Malgosia ou Anja Rubik en couvertures. Elles viennent car elles affectionnent le magazine et au final c’est la même chose pour tout le monde: on est là pour faire de belles images.

Justement, peux-tu tenter de nous dresser un organigramme de l’aventure ANTIDOTE, de tous ceux qui oeuvrent à sa réalisation ?

Choix du photographe, choix du thème, choisir les angles des textes, choisir les auteurs, échanger avec les annonceurs, commencer la production des photos, lancer le casting, commander les vêtements, commander les vêtements des annonceurs, booker les équipes hair&make-up, faire des images, faire des images, faire des images, éditer les images, commencer à les mettre en page, recevoir les retouches, réclamer les textes une fois, réclamer les textes deux fois, réclamer les textes trois fois. Contacter de nouveau les annonceurs pour finaliser les deals, mettre tout en page, faire le chemin de fer, mettre les jolies pages de pub au début du magazine, partir chez l’imprimeur, vérifier le papier, les couleurs, les dates de livraisons, recevoir le magazine, le trouver beau, très beau, se dire qu’on aurait pu faire mieux mais que c’est déjà pas mal. Compter les sous dépensés, les sous rentrés, voir ce qu’il reste et faire une soirée, acheter du champagne, inviter tous nos amis, nos contributeurs, et bien sur nos annonceurs pour célébrer tous ensemble ce nouveau numéro.

En tant que magazine indépendant, comment vis-tu l’évolution de la presse aujourd’hui, et la dépendance éditoriale des titres envers leurs annonceurs ?

Soyons lucides, c’est le jeu et il impose certaines règles comme, de façon basique, rendre la pareille aux marques qui investissent en leur offrant une belle visibilité éditoriale. Certains magazines se sont – probablement malgré eux – fourvoyés en ne fonctionnant que sur listes d’annonceurs. ANTIDOTE séduit pour son indépendance et sa liberté. La priorité c’est l’exigence de l’image. Nos annonceurs savent que chaque image est chargée de l’énergie de la passion. Ils ont confiance dans notre vision. Car Antidote, c’est certes de belles campagnes au début du chemin de fer mais c’est ensuite un enchevêtrement de textes et d’images dans lequel la publicité n’a pas sa place (contrairement à 99% de la presse actuelle). Nos lecteurs aiment la mode et le périmètre artistique offert par Antidote. Nos annonceurs aiment le titre et nous lisent. Nous faisons évidemment des compromis mais jamais au détriment de l’image, de notre liberté et de celle des lecteurs.

Antidote vient de fêter ses quatre ans en ouvrant pour la première fois ses pages au vestiaire masculin. Une manière d’étendre le champ des possibles ou simplement une envie de se renouveler ?

Plusieurs volontés, nous différencier de nos « concurrents » (par concurrents, j’entends les magazines susceptibles d’avoir une page de pub à notre place car en réalité je ne vois pas franchement de concurrent sur le marché). Offrir encore plus de diversités à nos lecteurs, nous positionner comme LE magazine mixte haut de gamme et bien entendu toucher plus de gens.

Tout créateur d’un magazine comme le tien, aspirationnel, esthétique et cérébral, n’est-il pas dans le fond un brin narcissique à vouloir imposer sa propre conception du pouvoir des choses ?

Si je suis ta façon de penser, « concevoir » c’est imposer sa propre création. Alors sous cet angle, oui, je suis narcissique, car je contrôle pratiquement toute la création/conception du magazine, à tel point qu’en plus d’être le directeur de la création je suis également directeur de la mode (là où tous les magazines font appel à différents stylistes, je me charge seul de toute la mode du magazine). Mais je te rassure, cet été j’ai vu mon reflet dans l’eau et j’ai survécu à ce miracle et ne me suis pas noyé.

Pour ceux à qui cette interview aurait donné envie, où peut-on l’acheter ?

Le magazine est disponible dans les plus belles librairies et sur notre site www.magazineantidote.com

Propos recueillis par Benjamin Belin et Amandine Flament

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