Abdel Bounane 29.11.2011 #lifestyle

Ne vous fiez pas à son allure d’éternel ado ébahi ou même à sa réputation de party animal. Abdel, l’air de rien, est bel et bien le plus digne activiste de la génération numérique. Rencontre bien réelle avec le fondateur d’Amusement, qui n’amuse pas la galerie.

Si on devait faire une équation people, est-ce que tu ne serais pas un croisement de Jérôme Bonaldi, d’Anna Wintour et du héros de War Games ? Comment te décrirais-tu ?

Bravo ! Je n’y avais pas pensé, mais ça matche pas mal :  le héros du film War games (en plus sympa) pour mon coté nerd, Wintour (en moins chiant) pour le coté mode d’AMUSEMENT magazine, Bonaldi (en plus jeune) pour mes chroniques sur Canal+.

En peu de temps, Amusement est devenu une référence, le seul magazine lifestyle de l’ère numérique. Peux-tu nous dire comment t’es venue l’idée si jeune et quelle est la ligne directrice que tu t’es donnée ?

Vers mes 17 ans après une décennie passée avec une manette et mon ordinateur, j’ai commencé à m’intéresser à la presse lifestyle anglaise. À l’époque: The Face, SleazeNation, I.D, Dazed, Wallpaper. Soit des dizaines de magazines dédiés à la mode, au design et à l’art contemporain. Mon problème à l’époque ? Quasiment aucun magazine élégant ne traitait des nouveaux médias, des jeux vidéo, Internet et des cultures numériques… Les seuls supports dédiés à ces secteurs étaient très techno (donc désincarnés) ou très infantilisants (donc inadaptés aux enjeux culturels du numérique). C’est ça qui m’a donné envie de croiser ces univers : la richesse artistique des cultures digitales avec un magazine qui les mettrait en valeur. Depuis nos débuts nous avons travaillé avec des photographes et des contributeurs qui ont produit des images et des textes dans des magazines comme le New York Times, Vanity Fair, The Guardian… Et il arrive même à Wired de reprendre certains de nos contenus. La classe, non ?
En parallèle,  le magazine se décline sous forme d’agence créative (nous avons travaillé pour PlayStation, Uniqlo, Nike, Disney, Orange, Converse IBM…), le store AMUSEMENT à La Gaité Lyrique (avec bientôt un 2ème à Bruxelles) et d’amusement.net, le site éditorial complètement autonome du magazine.

Parle-moi d’Amuse.me. En quoi est-ce une petite révolution ?

AMUSE ME, c’est le premier service de jeux vidéo sur mesure au monde. Nous allons lancer ce service au store AMUSEMENT à La Gaité Lyrique et dans nos prochains espaces en Europe. En deux mots, cela permet de commander, sur rendez-vous, le jeu vidéo de ses rêves. Avec plusieurs options : de la customisation simple (peu cher), de la création de jeu de A à Z (un peu plus cher), ou bien la commande de jeux vidéo d’artistes (très cher). Le New York Times a parlé de ce service la semaine dernière. Et si ça t’intéresse : [email protected]

Qu’est-ce que Touché ? Quelles sont les interactions avec les milieux de la mode et de l’art ? Peux-tu nous donner des exemples concrets ?

Touché est une structure que j’ai montée avec Marco Marzilli (ex-PlayStation) et Xavier Blouët (909c). Chez Touché nous explorons de nouvelles manières de diffuser les oeuvres à l’ère du numérique, de même que nous cherchons à expérimenter de nouveaux moyens de diffusion pour mode. Nos premiers projets arriveront au premier trimestre 2012.

Insatiable, tu es aussi le directeur créatif du concept-store AMUSEMENT à la Gaîté Lyrique. Expliques-nous quel est son objectif et dans quelle mesure il est important à tes yeux d’être présent physiquement dans une institution culturelle parisienne ?

Le partenariat qui lie AMUSEMENT à La Gaité Lyrique, part d’une question : à l’ère de la dématérialisation, en quoi un espace physique dédié au numérique a-t-il du sens ? Les réponses sont excitantes, et nous amènent à envisager de nouveaux modes de diffusion des contenus culturels. Par exemple : le service AMUSE ME qu’on vient d’évoquer, la vente d’oeuvres numériques, ou encore la vente de fichiers numériques en édition limitées… Et travailler en partenariat avec des artistes de La Gaité Lyrique numériques (comme Gregory Chatonsky, représenté par Digitalarti) nous amène à travailler sur de nouveaux dispositifs tous les jours.
Autre exemple : début 2012 nous allons organiser la vente d’oeuvres vidéos uniques avec le collectif de clippeurs We Are From L.A. Mixer  esthétique numérique, art vidéo, exposition de clippeurs et business d’une galerie du XXIème siècle, c’est un peu le but de cet espace.
Sinon, j’allais oublier : le store propose aussi 200 produits et livres geeks tout au long de l’année. Le paradis du digital-native, en somme.

D’une manière générale, trouves-tu que les pouvoirs publics emplissent leur rôle en matière de création et de gestion numérique ? Des idées ?

Le gouvernement en place a une politique très arriérée en matière de numérique. Alors que plusieurs organisations internationales ont reconnu le droit à Internet comme un droit fondamental, de plus en plus de lois visant à filtrer le réseau, limiter les flux d’informations numériques, bloquer les sites web sont votées… Depuis plusieurs mois le législateur s’est mis en tête d’étendre, loi après loi, le filtrage des sites Internet. Sous prétexte, tout à tour : de protection de l’enfance (LOPPSI 2, institutionnalisant le filtrage administratif), de la protection intellectuelle (HADOPI, instaurant un filtrage des contenus) ou des consommateurs (nouvelle loi sur la protection des consommateurs, permettant de demander à un juge de bloquer un site sur référé), la France semble à l’avant-garde des démocraties décidées à filtrer les droits sur Internet. Problème : cela va à la fois à l’encontre de la nature historique du Net, et cela nuit aux libertés publiques… Il est temps que ça change, non?

Qu’est-ce que l’identité numérique ? N’as-tu pas peur de ton côté de souffrir de schizophrénie numérique ?

C’est sûr que je ne me comporte pas de la même manière sur Twitter, sur Facebook, et dans le monde réel. Mais ça a toujours été le cas, non ? Avant l’ère numérique, on se comportait déjà différemment avec ses amis, notre famille, notre cercle professionnel… Ce que le numérique a changé, c’est peut- être la rapidité avec laquelle il est possible de passer d’une identité à une autre. En clair, je peux poker une nana sur facebook puis répondre à un mail pro hyper important en moins de temps qu’il ne faut pour appuyer sur Pomme+Tab.

Quels sont selon toi les grands enjeux numériques pour 2012 ?

Pour moi, s’est engagée une guerre virtuelle significative pour les années à venir. Un fight entre ceux qui souhaitent limiter la liberté d’expression sur Internet en s’appropriant ce territoire de liberté (les gouvernements, qu’ils soient totalitaires ou pas, les grandes entreprises d’entertainement qui veulent reprendre la main sur leurs contenus…) et les défenseurs de cette liberté (les internautes, les associations de défense des libertés publiques jusqu’aux anonymous). C’est un des gros enjeux de 2012 parce que désormais les pays démocratiques prennent des mesures visibles et concrètes destinées à filtrer les contenus sur le Net. Et ça, ça m’énerve beaucoup.

Quels sont les atouts et les handicaps de Paris en matière numérique ? As-tu des recommandations ?

Les atouts :
– La Gaité Lyrique, un des rares centres culturels au monde dédié aux cultures numériques
– de plus en plus de lieux publics (musées, parcs…) connectés sans fil

Les inconvénients :
– 90% des cafetiers qui vous regardent avec un air halluciné quand vous leur demandez s’ils ont le wifi

Quel est ton jeu vidéo préféré de tous les temps ?

Flashback (Megadrive, 1992), pour m’avoir montré à 10 ans qu’il était possible de pointer à Pôle Emploi dans un jeu vidéo. Un cross-over avec le monde réel assez flashant (et flippant) pour l’époque…

Quel est le techno-objet/le réseau dont tu ne pourrais absolument pas te séparer ?

j’aime bien mon télétransporteur atomique. Non, je plaisante. Mon smartphone, comme tout le monde !

Propos recueillis par Florence Valencourt. Photo : Rémi Ferrante.
www.amusement.fr

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