Danakil 27.09.2010 #art

Discret, l’artiste Danakil met en lumière, en mouvement, des thématiques à la fois ultra contemporaines et intemporelles. Son medium de prédilection est le clip, le côté pop en moins, le côté expérimental en plus. Rencontre singulière.

Pourquoi avoir choisi un nom qui est à la fois celui d’une tribu et d’un désert d’Afrique ?

Pour une sensation très forte devant des paysages proches d’aplats de couleurs, jaune, vert et rouge ocre, avec des étendues de soufre, des lacs de sels, d’évaporites, tout cela provenant de l’explosion de la chambre magmatique, j’étais fasciné par ce genre de choses quand j’avais dix ans.

De fait, dans tout ce que vous faites, on a la sensation d’une véritable tension entre l’humain et la matière, le plein et le vide. Pouvez-vous nous éclairer sur ce point ?

Le corps, les muscles en tension, le sport, le sexe, échapper à la pesanteur terrestre aussi, reviennent souvent dans mon travail, certains regards aussi. L’incarnation. Et en face j’ai un rapport fort, oui, aux lieux vides, comme l’aéroport la nuit dans la vidéo pour Antibodies de Poni Hoax, un endroit de transit soudain déserté de toute présence humaine, ou cette maison de verre dans laquelle évolue Mohini dans la vidéo de Milk Teeth avec cette créature inquiétante qui respire près d’elle.

Plasticien, photographe, vidéaste… Comment définissez-vous votre travail ? Quels sont les axes actuels que vous explorez ?

Depuis quelques mois, je reconstitue mon enfance, les sensations, les lieux, les paysages, j’essaye de capturer certaines sensations, une procession dans la nuit en été, des lumières, la fin des vacances fin août/début septembre, le regard d’une fille, mon meilleur ami courant sur une colline…

Quels sont, pour vous, les trois moments clefs de votre parcours, et pourquoi ?

Ma première pellicule développée. Pendant plus d’un an, je m’étais baladé dans des pays différents, je photographiais les routes, des visages, et j’accumulais des films sans jamais oser les développer, je n’avais jamais pris la moindre photographie jusque-là. Je gardais juste ces dizaines de films dans un sac de sport. – Le tournage de la vidéo de Poni Hoax, nous étions comme une bande de gamins dans Orly vide, nous nous amusions à faire ses bulles géantes, quelque chose de très ludique mais en même temps d’important car pour la première fois, plus qu’avant dans des clips comme celui de The Micronauts, ou dans mes installations vidéo, j’ai eu l’impression que je commençais à parvenir à réaliser le film que j’avais imaginé, avec des séquences différentes, une narration particulière. – Le vernissage de mon exposition au MOCA (Museum Of Contemporary Art) de Shanghai, pour cette excitation que l’on peut ressentir là-bas. Je me souviens de la fête incroyable sur le toit du musée, avec tous ces immeubles se détachant de la nuit, de l’énergie des invités, d’avoir hurlé dans l’oreille du curateur, que nous étions à New York en 1984.

Vous avez reçu un prix au Saatchi & Saatchi New Directors’ Showcase, l’an dernier. Quelle a été votre réaction alors, et aujourd’hui ?

L’énervement surtout en fait, ça se passait à Cannes, et ils ont projeté ma vidéo dans la grande salle du Palais des Festivals et je n’étais pas là, putain, j’avais vraiment ressenti quelque chose en voyant mon travail projeté à Londres au British Film Institute, mais bon là j’étais enfermé dans une salle de post-prod pour terminer ma vidéo suivante pour The Penelopes, et du coup j’ai l’impression que cela n’a pas existé.

Comment s’est passée la collaboration avec Mohini Geisweiller, que vous connaissez bien, pour son nouvel album ? Comment avez-vous procédé, concrètement ?

Nous nous connaissons depuis quatre ans, elle avait déjà quitté Berlin et Sex in Dallas quand nous nous sommes rencontrés. J’ai écouté ses morceaux se construire pendant ces années où elle prenait des trains pour des endroits perdus, pour les composer avant de signer chez Columbia. Alors, quand elle m’a demandé de m’occuper des pochettes, des vidéos, j’avais déjà des images, des sensations. J’imaginais une créature qui respirait pour représenter ses angoisses, je suis obsédé par les cages thoraciques, et nous avons tourné sa première vidéo dans un univers intemporel, une sorte de Californie des années 50, mais qui serait aussi un film de science-fiction contemplative.

Selon vous, est-ce que NAPPY (votre travail sur la jeunesse dorée parisienne) a toujours la même acuité aujourd’hui ? Voyez-vous des changements chez la jeunesse parisienne ?

La partie « sales gosses » de Nappy a marqué une réaction bling à la culpabilisation des « fils de bourges » très présente depuis 68, j’ai l’impression d’un léger repli depuis, de plus de discrétion, peut-être. Je ne sais pas si la partie « désespoir de ceux qui ont tout » est toujours là, j’imagine que oui. J’adore voir des tribus émerger, pour la série sur la reconstitution de mon enfance et de mon adolescence je photographie des gamins de 13, 17 ans, c’est toujours fascinant de voir comment ceux de 13 ans sont déjà dans le rejet de certains codes de ceux de 17 ans.

Paris est-il une source d’inspiration actuelle ? Que vous inspire la ville ? Qu’aimeriez-vous en saisir ?

Ma prochaine vidéo sera pour le titre Paris 2013 de Mohini, justement, mais je ne suis pas certain que nous tournerons ici. La ville m’inspire à plein d’instants. La nuit aussi, j’adore marcher, entrer au hasard dans des lieux où je n’irais pas normalement, et d’autres où je vais plus souvent.

Peut-on encore faire le moindre acte « punk » aujourd’hui à Paris ?

On pourra toujours, partout, où on n’a jamais pu. A vrai dire, je ne sais pas.

Propos recueillis par Florence Valencourt. www.danakil.net.

Le clip de Mohini Geisweiller est disponible, en exclusivité, sur www.basicfilms.tv

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