Robin Meason L’authenticité de Ritual Projects 18.02.2016 #mode

J’aime voir des créateurs qui mettent en avant leur travail et non leur visage, leur personnalité

Originaire d’une petite ville du Texas, Robin Meason est aujourd’hui à la tête de Ritual Projects. Créée il y a deux ans seulement et installée au coeur de Paris, son agence de relations presse promeut déjà les designers les plus prescripteurs du moment, Demna Gvasalia (Vêtements) en tête, mais aussi Y/Project, Sankuanz… avec toujours un seul but : rester authentique, et mettre en avant l’artisanat. Pour Saywho, elle raconte son parcours, ses origines et sa vision de la nouvelle garde de la mode parisienne. Rencontre.

Racontez-nous votre parcours.

Je viens du Texas. Je voulais trouver un lieu culturel. Je suis passée par Paris après mon bac. Je suis tombée amoureuse de la ville, j’ai donc fait des études internationales avec un focus sur l’Europe à l’université, pour y habiter. Quand j’ai eu mon diplôme en 1994, je suis venue à Paris. En tant qu’Américaine, la seule chose que je pouvais faire pour avoir mon visa était d’être étudiante et fille au pair. J’ai rencontré des gens du Studio Berçot, des jeunes créateurs… qui sont devenus des amis. J’ai déménagé à Londres au bout de six ans, où j’ai vraiment commencé à travailler dans la mode. Je suis arrivée chez Cristofolipress en 2004 et j’y suis restée six ans. J’y ai fait mes armes dans le métier d’attachée de presse mode. J’ai monté ma propre agence il y a deux ans.

Vous possédez une agence de relations presse, Ritual Projects. Sa création s’inscrit-elle dans la continuité ou bien la rupture par rapport à vos expériences passées, en particulier le bureau Cristofolipress et le Festival Asvoff ?

C’est une continuité. Chez Cristofolipress, on travaillait surtout avec des jeunes créateurs. Je cherchais donc vraiment à soutenir et promouvoir la créativité avant tout. Ça me passionne. Le côté «Ritual», c’était une façon de décrire l’artisanat. On a pas mal de designers qui font des éditions limitées, qui travaillent avec leurs mains… C’est la mode et l’art qui se complètent.

Est-ce un projet que vous avez longuement mûri avant qu’il ne voit le jour ? Quels ont été les éléments déclencheurs de sa création ?

Longuement mûri, non. A vrai dire, j’ai eu une expérience dans un autre bureau de presse (pas Cristofoli) qui ne partageait pas forcément mon éthique de travail. Mais être chef d’entreprise n’a jamais été un but. J’avais quelques créateurs qui voulaient travailler avec moi si je montais quelque chose. J’ai hésité pendant un mois environ, et je me suis lancée en me disant que je verrais bien où ça me mènerait.


Voyez-vous Ritual Projects comme une finalité dans votre parcours ou bien un passage vers une autre ambition professionnelle ?

J’aime bien imaginer ça comme une plateforme pour moi et pour mes collaborateurs. On fait des choses ensemble. Un artiste peut me contacter et si je peux l’aider je le fais. Je n’ai pas en tête que ça va m’amener ailleurs. C’est vraiment une plateforme.

Vu de l’extérieur, votre réseau d’affinités privées semble assez indissociable de votre cercle professionnel. Est-ce sur cet aspect que repose le crédit de Ritual Projects ?

C’est assez lié en effet. Je n’ai pas étudié la mode, ni la communication. Les études internationales, c’est très vaste. Travailler dans la presse, aider les marques, je le fais avec mon coeur. Je ne travaille qu’avec des gens qui sont venus vers moi. Parfois c’est des copains, des copains de copains, ou juste une personne qui aime bien Ritual Projects et qui s’identifie avec l’esprit.

Décrivez-nous votre bande.

Je n’ai pas l’impression d’avoir une bande. Je ne suis pas à la tête de quelque chose. Le «mainstream» m’a toujours ennuyée. Les gens avec qui je me retrouve, dans des concerts par exemple, partagent mes goûts pour l’underground. La musique est un lien entre nous, d’ailleurs.

On note à Paris quelques talents originaires du Texas, comme le musicien Pete Drungle par exemple. Ils reflètent une certaine forme de radicalité sans pour autant paraître élitistes, et puis une intégrité. Cela définit-il ainsi la culture texane par rapport à d’autres villes américaines ?

C’est vrai que je connais un peu Pete. J’avoue que je ne suis pas fan du piano, mais quand je le vois, c’est une vraie rockstar ! J’ai quitté le Texas car c’était très conservateur. Ça a beaucoup changé, mais ça n’a toujours rien à voir avec New York, ou d’autres villes que les gens connaissent des Etats-Unis. Les gens du Texas ont souvent des personnalités très fortes, même dans leur style, très identifiable. Donc je dirais que les Texans qui quittent le Texas le font pour une bonne raison, souvent par rébellion contre le conservatisme. Aujourd’hui, je me sens plus comme une étrangère chez moi, un endroit que je n’ai pas choisi, contrairement à la France. Après, le côté positif du Texas, c’est qu’il donne du caractère.

On est dans une nouvelle phase, avec une nouvelle génération, c’est certain

D’ailleurs, aujourd’hui, vous définiriez-vous comme plutôt parisienne ou américaine ?

Culturellement, je me sens européenne. C’est vrai que j’ai adopté Paris comme mon chez moi. Je suis allée à Anvers ce week-end et j’adore, sans pour autant me sentir belge ! J’étais très attirée par la culture française, l’histoire, et j’admire toujours ça. Je sais que je ne suis pas parisienne, mais quand je suis aux Etats-Unis, j’ai vraiment l’impression de regarder la façon de vivre américaine de l’extérieur. C’est une drôle de sensation. Je pense que quelque part, on devient ce qu’on vit quotidiennement.

Racontez-nous votre histoire avec Vêtements. C’est un projet que vous avez vu naître ?

J’ai vu naître le projet. Demna Gvasalia cherchait un bureau de presse qui allait faire les choses un peu différemment. Un ami commun lui a parlé de moi, et je l’ai rencontré alors qu’il avait le mood board de la collection et une seule pièce montée avec des épingles. J’ai trouvé le mood board super intéressant, et on a tout de suite décidé de travailler ensemble. Deux semaines plus tard, j’ai vu la collection qui était super, les finitions étaient parfaites, on n’aurait vraiment pas dit une collection de débutant. C’est pour cela que la marque a eu 27 points de vente dès cette première collection. Il a rempli un vide qui existait dans la mode à ce moment-là. Son concept était de faire les vêtements qu’on a envie de porter, qui donnent une attitude, pas ceux de tapis rouges ou d’un rêve imaginaire. Ce qui est rafraîchissant, ce qu’on est pas dans une réalité fictive avec Vêtements.

Que ce soit pour sa ligne artistique ou son développement, est-il légitime de comparer cette marque à Maison Margiela ?

On peut comparer Vêtements à plusieurs marques… Il y a quelque chose qui les différencie, et c’est un point très important, c’est que Demna n’espère pas du tout être avant-gardiste. Il y a un concept de marque, mais les vêtements en eux-mêmes ne sont pas conceptuels. C’est très différent de Margiela, qui était une marque d’avant-garde. A son époque, dire de quelque chose que c’était «commercial» était un gros-mot dans la mode. Aujourd’hui, c’est différent. Demna fait un produit, il le dit, ce que Margiela n’aurait jamais fait dans les années 90. On n’avait pas envie de ça à ce moment-là, contrairement à aujourd’hui. Tous les créateurs le savent désormais : on peut être créatif, mais il faut surtout être dans les boutiques !

Pouvez-vous définir cette nouvelle garde de la mode à Paris ? De qui se constitue-t-elle ?

Actuellement, on parle pas mal des créateurs comme Jacquemus par exemple… C’est bien pour Paris que des jeunes créateurs attirent l’attention sur eux. Je pense que le prix LVMH, par exemple donne une intention sur cette nouvelle garde. On est dans une nouvelle phase, avec une nouvelle génération, c’est certain.

Vos projets pour 2016 ?

Je suis contente de voir prendre forme Ritual Projects. J’avoue que j’aime voir des créateurs qui mettent en avant leur travail et non leur visage, leur personnalité. Je m’identifie beaucoup à ça. Notre message est authentique, et j’espère que ça intéressera les gens. C’est ça qui est important pour moi, et je suis fière de faire connaître ces personnalités et faire partie de ça.

 

Propos recueillis par Sabina Socol.
www.ritualprojects.com

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