Quincy Brown Portrait d’un touche-à-tout 28.08.2018 #cinéma

Mon boulot, quoi que je fasse, est d’exprimer qui je suis

En musique comme devant les caméras, le chemin de Quincy peut sembler prédestiné. Né Quincy Brown à New York, fils de Kim Porter et d’Albert Brown, plus connu sous son nom de scène Al B. Sure !, il doit son prénom au légendaire Quincy Jones, mentor de son père. Après la séparation de ses parents, il gagne un second père en Sean « Puffy » Combs, puis une  fratrie. Son 16ème anniversaire, un rite de passage outre-Atlantique, fait même l’objet d’un volet de My Super Sweet Sixteen sur MTV. Et en juin dernier, lui et son frère Christian Combs se sont illustrés dans les premiers rangs du défilé Louis Vuitton, première proposition de Virgil Abloh, tout premier créateur afro-américain d’une grande maison. À  27 ans, il regarde sans complaisance les avantages que lui a offert son nom avec tant de lucidité et la sérénité d’un homme plus âgé, qu’on en vient à se demander s’il se fait un prénom pour échapper ou pour honorer son double héritage. Preuve s’il en faut dans le naturel avec lequel il dit « mes pères » pour parler de Brown et Combs, révélant sur le plateau d’un talk show américain qu’il a fait l’effort conscient de former une relation solide avec son père biologique, et qu’il s’adresse aux deux en leur disant « papa ». Loin du cliché du jeune artiste réservé, il se montre volontiers volubile, le verbe juste et spirituel. Acteur, photographe et musicien mais aussi enfant de son temps, il parle volontiers de sa pluridisciplinarité et de sa nécessité pour s’exprimer pleinement. Après un début remarqué dans le long-métrage « Brotherly Love » et un rôle-titre dans « Star », la série dramatique de FOX dans l’univers de la musique, Quincy sera à l’affiche avec Kat Graham de « Christmas Calendar », l’un des premiers Christmas movies, genre incontournable à Noël outre-Atlantique, du géant Netflix. Le tout, remarquablement, sans les gros titres de tabloïds auxquels les « enfants de » ont habitué les médias. Et quand on l’écoute parler de sa carrière naissante, on entend sans peine la voix du gamin obsédé de baseball qu’il a été. Portrait d’un enfant de la balle… de la scène.

Alors, ce premier défilé Louis Vuitton par Virgil Abloh ?

C’était un vrai moment. Avant tout, Virgil a osé être plus différent que ceux qui essaient d’ être différents. Il y a tellement de créateurs, d’esthétiques, mais son travail a vraiment trouvé un écho d’une manière rarement vue, même en mode. Il donne clairement de l’espoir à beaucoup de monde, voire même une nouvelle façon de voir. Ça montre de l’application, une volonté. Cette industrie est énorme, coupe-gorge, comme la musique. Il y a sûrement des tonnes de gens qui ont eu une idée et l’ont abandonnée. Voir ce que fait Virgil peut vous donner cette inspiration, cet élan pour juste tenter le coup. La leçon de son parcours et de ses décisions est « croire, c’est ça et voilà ce qui se passe quand vous y croyez ».

Et si on croit au Père Noël, on vous retrouve à l’affiche dans un Christmas movie…

Netflix, c’est un peu ma famille et c’est l’un de leurs premiers projets de Noël. Enfant, j’adorais regarder les films de Noël et je me suis toujours vu en faire un. Mais en grandissant, je les trouvais de moins bonne qualité. Quand j’ai eu le scénario, je me suis dit « voilà un film de Noël comme à l’époque, le genre que j’aime. » Ce n’est pas juste une histoire de Noël, il y a cette chaleur, ce réalisme auquel on peut s’identifier. Tu es musicien, acteur mais aussi photographe.

Pourquoi est-ce nécessaire aujourd’hui d’être une sorte d’homme de la Renaissance qui maîtrise plusieurs domaines pour une expression créative complète ?

“Homme de la Renaissance”, c’est le terme que j’aurais employé. Avec tant de possibles aujourd’hui, les gens ont besoin d’identifier qui ils sont. Pour y arriver, il est nécessaire de sonder son esprit, d’explorer les manières d’atteindre son plein potentiel créatif et d’aller au delà de ce qui vous limite naturellement. Il faut aller à contre-courant pour s’ouvrir les portes d’une identité aux multiples facettes. La société n’est pas faite pour vous y encourager, alors il faut creuser, enfoncer des portes et se faire confiance. Il faut être concentré et motivé. Si vous voulez tout avoir, allez-y.

Quel a été votre parcours ?

Enfant, j’étais à fond dans le baseball. La scène était un passe-temps. Tout comme la musique, pourtant constamment présente, qui était une voisine, une colocataire de ma vie que j’ai toujours aimée. Être acteur est venu en dernier. J’avais été dégoûté par les cours de théâtre au collège et au lycée, L’exagération théâtrale convenait bien aux autres, mais pas à moi. Mais j’aidais mes amis qui se destinaient à des carrières d’acteurs à réviser leurs rôles, régulièrement, deux à trois fois par semaine. Chacun me disait que j’étais plutôt bon à ça, et j’ai fini par m’y intéresser et à me dire que je pourrais m’y consacrer « pour de vrai ». L’école de théâtre, où l’enseignement était très différent de ce que j’avais connu, a eu sur moi l’effet d’une bouffée d’air frais, et je me suis avoué que c’était ce que je voulais faire. Ça me démangeait.

 

Et la photographie ?

C’est une énorme facette de ma personnalité. Ma mère m’a toujours répété que j’avais l’œil, alors cet œil s’est incarné de différentes manières : photographie, télévision, film… Qu’elle me dise que je l’avais l’a en quelque sorte ouvert à une perception plus grande de tout. (C’est parce qu’elle me disait que j’avais “cet œil” qu’il a pu se développer et élargir mon champ de vision. Je suis un de ces photographes furtifs, car j’ai la sensation qu’il faut capturer le moment sans le perturber. Mon envie de prendre mon appareil ne vient pas de la pensée consciente qu’il faut prendre une photo. Je n’essaie pas de capturer les moments puis de les vivre, c’est justement tout le contraire. Très jeune, sur un des shootings de ma mère, le photographe m’a demandé de lui tenir son appareil photo. J’ai commencé à appuyer et pendant 15 minutes, j’ai pris des clichés sans arrêter. Et le photographe a même retenu l’une de mes photos de ma mère dans les choix de la série.

 

 

Qu’as-tu retiré du fait d’avoir des parents célèbres et renommés dans leur profession ?

Je l’ai toujours vu comme un apprentissage gratuit, plutôt qu’un confort de vie. Il fallait écouter, rester en retrait, parler uniquement pour poser des questions importantes. Au fil des années, j’ai commencé à ressentir qu’il me fallait apprendre à vivre dans ces industries, plutôt que juste profiter de ces studios et personnes cools. Ca m’a permis de m’ouvrir l’esprit à ce que je recevais indirectement et quand les opportunités sont arrivées, et que j’ai directement vécu dans ce milieu, j’étais prêt. Je ne dirais pas que leur succès a été un obstacle mais je ne peux pas non plus l’ignorer. Ce n’est pas quelque chose que je peux occulter parce que ça fait partie de moi. Mais ça ne représente pas tout ce que je suis. Il est présent, queIque chose que je ne peux ni effacer, ni masquer. Je ne voudrais pas, d’ailleurs, parce qu’ils font partie de qui je suis, sans être tout ce que je suis.

Alors qui est-tu, Quincy ?

Je suis tout ce que je viens d’évoquer. Mon parcours m’a donné une ouverture d’esprit qui me permet de me plonger dans plein de domaines différents. Dans le fond, il ne faut pas céder aux distractions, bonnes ou mauvaises, qui peuvent t’entraîner hors de ton chemin. Tu t’éloignes de toi, donc tu te mets en retrait pour montrer un côté de toi qui n’est pas réel. Parce qu’au final, il est plus facile d’être soi que de faire l’effort de prétendre être quelqu’un que l’on n’est pas. Parce qu’une fois qu’on fait quelque chose qui n’est pas dans notre nature, il faut rester dans le jeu, et ça devient un boulot. Mon boulot, quoi que je fasse, quel que soit le domaine, est d’exprimer qui je suis, ma vérité, sans aucun filtre. Et si j’y résistais, je ne remplirais pas ma raison d’être, mon rôle en tant que « Quincy » dans cette vie.

Interview : Lily Templeton
Portraits : Pierre Mouton
Cet entretien a été édité et condensé.

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