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23.05.2022 Paris #mode

Alexia Aubert

Espace hors du temps

“Rive Gauche a ce côté intello de l’homme Solovière, qui correspond parfaitement à notre univers”. Alexia Aubert


Destination Rive Gauche, où Alexia Aubert nous accueille dans sa première boutique parisienne : une nouvelle adresse pour les aficionados de Jacques Solovière. La marque de souliers intemporels pour hommes au cours de ces huit dernières années a séduit les cœurs de Christophe-Thomas Chassol, Aaron Levine et Alexis Michalik en passant par Alexia Gredy ou encore Nicolas Ouchernir, qui la portent sans cesse. Mi-boutique, mi-studio, cet espace multifonctionnel a été imaginé par Brunoir, un studio de design et de scénographie créé par Jennifer Bongibault et Jeanne Boujenah, qu’Alexia nous présente à Paris.

Ta nouvelle boutique se trouve Rue du Cherche-Midi. Pourquoi Rive Gauche ?

J’ai grandi Rive Gauche, et dès le début, notre siège était dans le 7ème. Rive Gauche a ce côté intello de l’homme Solovière, qui correspond parfaitement à notre univers. Et rue du Cherche-Midi, c’est une très belle adresse historique avec plusieurs ambiances selon les parties de la rue. C’est une rue assez authentique, qui a une âme. Comme un petit village, hors du temps, qui nous ressemble. Nous sommes une marque intemporelle, et nos clients sont sensibles à cette idée : avoir le temps, le prendre, c’est important. Et puis, Gérard Depardieu habite à côté aussi, juste en face (rit). On espère qu’il passera nous voir!

Jacques Solovière a commencé comme une marque homme, mais sur ton moodboard on aperçoit la musicienne Alexia Gredy, qui porte aussi tes souliers.

C’est vrai, Alexia aime bien notre style ! Jacques Solovière est une marque masculine, mais qui s’adresse à tous les sexes. Pourtant, ce n’est pas une marque pour les garçons manqués, mais plutôt pour les femmes qui ont envie d’être casual, comme un homme. Marcher, travailler confortablement. Ici, c’est pas du tout la femme glamour aux talons vertigineux. La femme Solovière est comme Alexia, sûre d’elle. Une femme qui privilégie le confort et le style aux apparences. 

Pourquoi as-tu choisi le studio Brunoir ?

Par le passé, Jennifer et Jeanne ont fait des projets pour John Lobb et Hermès, qui sont des marques dont les univers nous ressemblent. En plus, j’aime beaucoup leur approche, les filles sont très sympas, et spontanément on s’est tout de suite comprises.

Jennifer et Jeanne, d’abord John Lobb, maintenant Jacques Solovière, vous êtes les spécialistes de la chaussure. Comment avez-vous rencontré Alexia ?

Jennifer : On se connait avec Alexia depuis de nombreuses années, mais on s’était un peu perdues de vue. Et par le biais d’amis communs…

Quand avez-vous commencé à travailler ensemble ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Jennifer : On s’est rencontrées aux Arts Déco de Paris. J’avais fait l’ESMOD avant et aux Arts Déco j’étais en spécialité « Images Imprimées », et Jeanne en « Scénographie ». En première année, on avait beaucoup de cours en commun, on est devenu copines. Quand on est sorties de l’école, de fil en aiguille, on s’est retrouvées sur les mêmes projets. Petit à petit, on s’est rapprochées et on a commencé à répondre à des appels d’offres ensemble. Ça matchait bien, et on a créé notre studio.

Jeanne : C’est vrai qu’on a des backgrounds assez différents. J’ai fait des études de lettres avant de rentrer aux Arts Déco en spécialité scénographie de théâtre. À la sortie de l’école, on avait envie de continuer dans la voie pluridisciplinaire. À nous deux, ça nous permettait de travailler sur un très large panel de projets, de répondre à plein de sujets différents. Et c’est ce qu’on a toujours voulu défendre au sein du studio.

Qui était votre premier client ?

Jennifer : Notre premier projet c’était l’artiste-musicienne Mina Tindle, qui nous a demandé de faire la scénographie de sa tournée.

Jeanne : Mais le premier premier projet qui s’inscrit dans ce qu’on fait aujourd’hui, c’était Legrand, les interrupteurs! En 2014, ils avaient un showroom dans le 7ème, rue du Bac, où ils exposaient leurs interrupteurs les plus « luxes ». Ils voulaient s’inscrire dans ce quartier design, et ils nous ont donné carte blanche. On s’est amusées à proposer des choses en jouant sur le on et le off, les changements d’état. On a découvert une autre facette du design, un peu loin des projets créatifs qu’on peut travailler en école. Finalement, peu importe le sujet sur lequel on travaille, on a toujours trouvé le moyen de raconter une histoire, de sortir un peu du cadre, d’apporter un maximum de créativité, et d’y apporter surtout notre touche.

Justement, c’est quoi la touche Brunoir ?

Jennifer : C’est d’abord un esthétisme minimaliste, très épuré.

Jeanne : On aime bien quand c’est efficace et toujours au service d’une histoire. Un autre aspect qui nous intéresse mais qui est plus difficile à exprimer, c’est le surréalisme, dont on est assez friandes. On aime bien faire des blagues ! Dès qu’on peut, on essaye d’injecter de l’humour, un petit twist un peu décalé.

Jennifer : D’ailleurs, le travail qu’on a fait avec John Lobb le montre assez bien : toutes nos dernières vitrines sont assez surréalistes.

Quel était le plus grand challenge de ce projet ?

Jennifer : Pour Jacques Solovière, Alexia voulait faire quelque chose de très minimaliste aussi, très japonais, avec un travail autour du bois. Partant de cette idée, on a travaillé notre design autour d’un jeu graphique de répétition, qui permet aussi de faciliter le travail du menuisier, en répétant des systèmes de cubes qui s’empilent.

Jeanne : Le principe est simple : avec une seule pièce, on peut faire plusieurs choses. Cela permet de poser la question de comment raconter une histoire en plusieurs chapitres. C’est très intéressant.

 

Quel était votre brief initial ?

Jennifer : On a travaillé surtout sur le design, le mobilier et l’aménagement intérieur.

Jeanne : On a pensé à des systèmes d’étagères, de fabrication de mobilier. C’est une petite boutique donc le mobilier principal c’est vraiment les supports des chaussures, les étagères. Le gros du design ça a été de dessiner ces éléments-là, et de se demander comment décliner les éléments du design, comment les éléments d’une étagère allaient se retrouver dans le banc, ou dans les pièces qui allaient tenir le miroir.

Alexia : C’est une boutique/bureau. II y a de plus en plus de clients qui nous demandent des commandes spéciales, et on fait du sur mesure dans l’arrière-boutique. Le bureau c’est très basique, une grande bibliothèque et deux tables pour mon équipe. C’est génial d’avoir un bureau juste à côté de la boutique : cela permet d’intervenir quand il y a des questions, et d’avoir tous les feedbacks en temps réel. On apprend à s’adapter, à être super réactif sur les collections, et sur les envies. Ce côté réel nous manquait un peu avec le digital, on était trop isolé avant.

 Vos inspirations pour ce projet ?

Alexia : Je voulais beaucoup de bois, pas forcément un bois à l’ancienne, ciré gentleman, mais plutôt du bois japonais. Je voulais quelque chose de frais, de très lumineux.

Jennifer : On a travaillé avec l’ébéniste d’Alexia, on a choisi plusieurs essences de bois différentes, pour varier à l’œil, jouer sur des nuances, parce que les formes sont répétitives. Ça donne un patchwork de bois, mais qui reste très nuancé, dans une palette assez réduite. Mais cela permet de rythmer les contrastes, les lumières avec trois essences : du fresne, du mélèze et du bouleau. Et tout est fait à la main, à Lyon.

Alexia : L’idée n’était pas de prendre du bois luxueux. C’est du bois commun, mais tout est dessiné, très simple et très contemporain.

Jennifer : On a créé des assises pour la clientèle à l’extérieur, plusieurs zones aussi à l’intérieur, pour qu’Alexia puisse partager les différentes gammes de ses collections au sein de l’espace. On a également créé un comptoir qui fait office de caisse, et qui a été le sujet de nombreuses discussions, parce que cette boutique est aussi un lieu de travail, dans lequel il faut que les gens puissent travailler confortablement. On a donc créé une caisse-comptoir hybride, des étagères, et on a divisé l’espace.

Combien de temps avez-vous eu pour compléter le projet ?

Jennifer : Une journée ! (rit) Je plaisante, mais ça s’est fait très très vite. On avait un délai contraignant, mais on a l’habitude de travailler dans l’urgence. On avait un mois, même pas. En dix jours, on a présenté un dossier, après quelques retours on est passé tout de suite au développement avec le menuisier, puis, au suivi de projet.

C’est une habitude de travailler en si peu de temps ?

Jennifer : On a souvent peu de temps. C’est comme ça que les projets se font. S’il y a trop de temps, les projets ne se font pas.

Jeanne : En moyenne, les projets s’étalent sur un à trois mois, en fonction de la charge de travail évidemment.

Comment créer un espace intemporel ? À quel moment faut-il tout refaire ?

Jennifer : En fonction de ce qu’il se passe pour la marque et de ce qu’il se passe aussi dehors. Le plus important, c’est de suivre ce qui se passe au niveau de la clientèle.

Jeanne : Les habitudes changent, donc je ne suis pas sûre que le concept d’intemporalité absolue ait un sens. Dans une industrie comme celle de la mode Il y a des saisons, ça bouge tout le temps, on invente, on innove, le projet est censé refléter cette dynamique. Mais comment créer un lieu qui soit un et multiple à la fois ? Pour parler de ma propre pratique de l’espace théâtral, ça a été à un moment donné une vraie question. Comment faire pour que cet endroit puisse accueillir le maximum de création possible et permette à chaque artiste de s’exprimer ? Si on fait la transition vers un espace de boutique dédié à la mode, ce sont des problématiques très intéressantes. Et cet espace pour Jacques Solovière, une marque intemporelle, est une de nos solutions.

 

Interview : Lidia Ageeva

Photos : Jean Picon  

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