Anna Foglietta, Marco D'Amore, Claudio Santamaria Les visages du Festivaldera 15.06.2018 #art

La nature permet l’introspection car elle nous confronte à une vérité absolue

La première édition de Festivaldera a été organisée autour de six soirées-événements dont le fil conducteur était le « Décaméron » de Boccace. La direction artistique a confié l’écriture d’un texte original au dramaturge italien Michele Santeramo et les représentations à trois acteurs majeurs de la scène contemporaine italienne. Anna Foglietta, Claudio Santamaria et Marco D’Amore font ici un bilan de cette expérience et réagissent à la modernité des thèmes traités par « I racconti dal Decamerone ».

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Festivaldera est à sa première édition et vous êtes des représentants d’exception. Qu’est ce qui vous a séduits au départ dans ce projet ? Et quel bilan pouvez-vous en tirer maintenant que le Festival est terminé ?

Anna Foglietta : J‘ai été séduite par le projet artistique : adapter un texte ancien typiquement toscan dans une clé extrêmement moderne. J’ai beaucoup apprécié la forte participation des citoyens pour voir leur histoire représentée, une histoire qui appartient à leur culture ancestrale. Le public toscan est actif et impliqué. J’ai été très émue et fière d’avoir fait partie de ce projet. Le bilan est pour moi vraiment positif et j’ai trouvé l’organisation impeccable. J’ai aimé jouer dans l’incroyable théâtre de Pontedera qui a une âme forte et enracinée. Impossible de ne pas en tirer une grande énergie. Et j’ai été très impressionnée par  l’amphithéâtre du Triangolo Verde installé dans une décharge publique. Ça a été incroyable de jouer dans un lieu qui généralement véhicule une image très négative et qui dans ce cas a été transformée en un lieu exceptionnel d’art et de culture.

Claudio Santamaria : Comme Anna j’ai été particulièrement  impressionné par le grand projet de récupération de la décharge. Preuve que l’on peut remplir d’art et de poésie un endroit dévoué à la saleté humaine. Ce qui m’a attiré dans le projet, c’est sa qualité artistique et le lien avec les autres acteurs du festival.

Marco D’Amore : J’ai été aussi très séduit par le professionnalisme des personnes impliquées dans le projet et la beauté des lieux choisis. Par ailleurs j’ai été très touché à la lecture du texte, par la force et le courage des thèmes proposés. Ce sont d’excellentes conditions préalables pour un Festival qui, à partir de la mise en valeur du territoire, peut impliquer et attirer un public de n’importe quel endroit du pays. Le bilan est selon plus que satisfaisant.

Du texte de Michael Santeramo « Le hasard et l’invention » nous pouvons en tirer la morale suivante: chacun de nous a une vie imposée par le hasard qui peut parfois être dramatique, mais il y a aussi la vie que nous savons inventer, créer. Quelle importance accordez-vous à l’art et à la culture individuellement (pour être le plus possible créateurs de son destin) et universellement (pour une plus grande cohésion sociale et territoriale)?

Claudio Santamaria : L’art et la culture sont de grands instruments de connaissance. Pour citer Socrate : « Connais-toi toi même et tu connaitras l’univers… ». L’art et la culture touchent au plus profond et donnent la force, la sécurité et la possibilité de décoder le monde entier. Des outils qui donnent la liberté, la liberté de penser, la liberté en général.

Anna Foglietta :« Le hasard et l’invention » est un texte extrêmement intéressant pour les raisons que vous avez citées et qui arrive à la conclusion que « la vie est stupide ». On atteint l’ataraxie à travers cette merveilleuse synthèse qui semble banale mais qui est en réalité extrêmement profonde. Je suis absolument convaincue que l’art et la culture sont des aspects fondamentaux de l’existence qui peuvent servir de ciment entre les gens. Le seul drapeau commun est celui qui est porté par l’artiste parce que son art est capable d’accorder les sentiments personnels et universels des individus. Un texte littéraire, un texte théâtral, une chanson, un poème, une sculpture, une œuvre d’art en général peuvent être le porte-parole de sentiments universellement partagés à travers lesquels on peut redécouvrir non seulement la cohésion mais aussi notre propre humanité. L’art sert à cela et personnellement j’en fais un usage quotidien.

Dans le travail de Boccaccio les protagonistes se retrouvent isolés dans la campagne toscane pour échapper à la peste et leurs histoires ont une fonction cathartique. Dans le texte de Michele Santeramo, on ressent la nécessité de trouver un endroit isolé et un temps lent pour avoir la possibilité d’une introspection dans un monde contemporain qui va vite et nous expose en permanence. Pensez-vous que ce besoin d’introspection est réel et actuel? Et avez-vous perçu cette possibilité dans la vallée qui a accueilli Festivaldera?

Marco D’Amore : Il y a dans le Decamerone comme dans les œuvres de Santeramo un besoin d’être porteur d’histoires et d’écouter les histoires des autres. Ce même besoin peut être ressenti à la fois parmi les organisateurs et parmi le public de la Festivaldera, un lieu où l’on peut enfin s’arrêter et par le partage, guérir!

Anna Foglietta : J’ai d’abord joué à Pontedera et je me suis laissée emporter par la beauté et l’énergie du théâtre. Ensuite nous avons séjourné dans le magnifique Resort de Castelfalfi et là bas, au-delà de la beauté de la structure, ce qui m’a boulversé c’est de prendre conscience que nous ne sommes pas habitués à une beauté totale. La Valdera est un panorama sublime où il n’y a aucun élément extérieur à la nature qui gâche sa beauté, un panorama harmonieux et parfait. C’est comme si j’avais touché le divin. Le besoin que j’avais de m’accorder avec cette nature parfaite était en fait le besoin de me reconnecter avec moi-même. L’isolement compris comme une relation entre soi et la nature, le besoin d’introspection, est absolument nécessaire pour retrouver le juste équilibre. Nous sommes trop souvent soumis à des rythmes non naturels et il faut parfois se recaler sur des rythmes humains pour avancer.

Claudio Santamaria : Aujourd’hui le besoin d’introspection est nécessaire comme jamais auparavant. Nous sommes continuellement et constamment exposés au monde par les réseaux sociaux, par nos Smartphones. Nous sommes joignables 24h/24 et lorsqu’on ne répond pas au téléphone les gens pensent qu’on est mort et s’inquiètent rapidement. Il y a trente ans, une fois qu’on sortait de chez soi personne ne savait où nous étions et il n’y avait pas de problème pour autant. Même sans être une personnalité publique, nous sommes tous exposés et dans l’auto-exposition. Nous avons besoin d’exhiber nos vies et nos humeurs dès le réveil. Aujourd’hui on cherche un temps et un endroit isolé pour être seul avec soi-même, avec sa propre famille, avec ses affects. Valdera permet cette retraite, mais aussi d’autres endroits magnifiques en Italie et ailleurs dans le monde donnent cette possibilité, en général la nature permet l’introspection car elle nous confronte à une vérité absolue qui nous ramène à un état de paix intérieure.

Interview : Irene d’Agostino

Portrait et photos : Stefania Casellato

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