Pierre Frey Une histoire de famille 29.01.2016 #design

on a vraiment voulu montrer au grand public la façon dont mon père et mon grand père ont créé les tissus depuis 80 ans

A 80 ans passés, la Maison Pierre Frey a su faire des tissus d’ameublement un véritable médium d’expression artistique. De la décoration bien sûr, mais surtout des collaborations variées (avec le grapheur Toxic) et prestigieuses (avec Mathias Kiss) : tel est le combo gagnant de la société familiale. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles le Musée des Arts Décoratifs a décidé d’y consacrer une exposition, qui a débuté le 21 janvier. A cette occasion, nous avons rencontré Pierre Frey (fils), directeur de la communication et aîné de ses trois frères et collaborateurs, pour en savoir un peu plus sur les vertus du capitalisme familial, et sur leur passion pour la fête. Présentation.

Racontez-nous votre parcours en quelques dates…

J’ai 39 ans, je suis l’aîné des trois garçons de Patrick Frey, qui dirige notre maison aujourd’hui. J’ai fait des études de commerce, et à 21 ans j’ai rejoint la Maison Pierre Frey, où j’ai commencé par 10 ans de commercial, en m’occupant notamment de différentes zones à travers le monde pour la Maison. J’ai terminé par cinq ans à New York jusqu’en 2011, où je suis rentré à Paris. Je m’occupe depuis de la communication et des relations publiques pour la société. Cela fait donc 16 ans que je travaille avec mon père, et mes deux frères nous ont rejoint au fur et à mesure.

Ce n’est un secret pour personne, vous travaillez en famille. Comment vous répartissez-vous les tâches avec vos frères? Comment vous êtes-vous retrouvé directeur de la communication de la maison ?

Je pense qu’on est très complémentaires. Vincent a repris la direction générale de la maison il y a cinq ans. Je crois que la communication et les relations presse ne l’intéressaient pas. Quand je suis rentré des Etats-Unis, la personne qui s’en occupait partait à la retraite, il y avait donc un poste vacant. Moi, j’avais envie de faire autre chose que du commercial. J’avais fait beaucoup de communication et de relations publiques aux US, un peu par défaut, mais je me suis rendu compte que ça me plaisait, que ça marchait, et que ça avait fait évoluer l’image de la Maison. Ça avait donc du sens que je m’en occupe à Paris.

Quelles sont les vertus du capitalisme familial ?

On a vraiment la chance d’être complémentaires! Il nous manque peut-être un directeur financier… Mais le fait d’être en famille nous donne entière confiance, et surtout une liberté, une sérénité. On n’a pas besoin de se surveiller. On est beaucoup plus présents sur le terrain, ce qui nous permet d’être beaucoup plus proches de nos clients et de nos équipes.

Y-a-t-il eu des rencontres dont vous diriez qu’elles ont été marquantes dans votre parcours professionnel ?

Les artistes avec lesquels on travaille depuis 5 ans! Depuis que je m’occupe de la communication, j’ai rencontré pas mal d’artistes avec lesquels on a fait des collaborations, dont le graffeur Toxic, avec qui on a sorti une collection en septembre dernier, qui a beaucoup de talent, Louise Bourgoin aussi, dont on a découvert le talent «caché» et avec qui on a sorti une collection il y a deux ans, de tissus, tapis, céramiques… On connaissait une excellente actrice, et on a découvert une artiste qui a un coup de crayon incroyable. Une découverte très enrichissante et fort sympathique. Et plein d’autres avec lesquels on travaille quotidiennement et qui nous guident sur certaines collections, dont Vincent Darré  avec qui on a fait une collection il y a trois ans, qui se sert de nos archives pour créer des collections contemporaines.

Vos collaborations sont, effectivement, particulièrement éclectiques, portant aussi bien sûr des pointures du design comme Mathias Kiss que sur des noms plus inattendus comme Louise Bourgoin…

Mathias Kiss est un talent que m’a présenté la décoratrice Laura Gonzalez, qui est une amie. Depuis, on a fait un tissu avec lui en plusieurs couleurs et on est en train de le développer en papier peint. On fait également un projet avec lui pour les Arts Décoratifs. Mathias est vraiment devenu un très bon ami et on se voit assez souvent. C’est une amitié et collaboration très enrichissante.

Qu’est ce qui aiguille vos choix? Dans quelle mesure le réseau y est-il pour quelque chose ?

Mon grand-père a commencé comme ça. Quand il a créé la maison en 1935, il ne savait pas dessiner, tout comme mon père. Il s’inspirait de son entourage. Sa bande de copains étaient des artistes. Il se servait de leurs oeuvres pour en faire des tissus. Ils étaient d’ailleurs ravis d’avoir une exposition plus variée… Mon père a fait un peu la même chose, et on a accéléré quand je suis arrivé à la tête de la communication il y a cinq ans. Il souhaitait que je présente plus d’artistes contemporains, de notre génération plus que de la sienne. Mes frères et moi lui proposons des artistes. Ce sont des rencontres, absolument pas calculées.

La maison Pierre Frey a fêté ses 80 ans en 2015. Une belle histoire de famille, et donc aussi une histoire de bande ?

D’entourage, parce que c’est vrai que nous ne vendons qu’à des clients décorateurs et architectes. On fait vraiment du B2B. Il ne sont pas si nombreux dans le monde, quelques milliers, et donc c’est une très grosse bande, effectivement. Ils nous présentent des gens, on voyage tous beaucoup donc on a rencontré des centaines de nos clients qu’on voit régulièrement… En dehors de ça, notre entourage, les artistes avec lesquels on travaille ne sont pas si nombreux non plus. La décoration est un tout petit milieu, on se connait tous plus ou moins.

Le rendez-vous mondain et l’esprit festif, une tradition familiale ?

Je crois que mon père a commencé à faire de «l’entertainment» pour ses clients. Il a toujours été connu pour organiser des évènements, des soirées, des dîners, des présentations de collections où l’on essaie de faire plus que nos concurrents et surtout différemment. Avec mes frères, on continue : à chaque voyage, à chaque évènement, on en profite pour organiser un petit dîner… Ou une énorme fête! On en a organisé plusieurs pendant le salon Paris Deco Off, avec 300/400 personnes. On essaie d’être différents, de s’amuser, de ne pas parler que de boulot. On a la chance d’avoir des espaces pour les recevoir, et on transforme l’appartement en salle de fête, on prend un DJ, deux ou trois bouteilles de champagne, et c’est vite la fête. On aime faire la fête et on aime recevoir nos clients. C’est un peu une tradition familiale, mon père a beaucoup reçu, et on fait pareil.

Quelques mots sur votre exposition aux Arts Décoratifs ?

Les Arts Décoratifs, ça fait cinq ans qu’on s’en est approchés, suite à certaines expositions qu’ils avaient fait avec Van Cleef, Marc Jacobs, Louis Vuitton… On trouvait que ça serait super de pouvoir montrer nos oeuvres au grand public. Le Musée des Arts Décoratifs est la référence dans le monde pour nos clients, et notre métier est très lié aux arts décoratifs. Quand on les a approchés, ce n’était pas leur souhait, mais ils sont revenus vers nous il y a deux ans suite à un changement de direction. On a monté le thème ensemble, et l’exposition ouvrira le 21 janvier prochain pour cinq mois, jusqu’au 12 juin. Ce n’est pas une rétrospective : on a vraiment voulu montrer au grand public la façon dont mon père et mon grand père ont créé les tissus depuis 80 ans, à partir d’un dessin, d’une veste d’homme… Les artistes qui ont travaillé avec nous y seront exposés, mais pas seulement…

Parlez-nous de votre participation au salon Paris Deco Off…

Depuis 7 ans, nous participons à un petit salon qui s’appelle Paris Deco Off, où nous recevons dans notre showroom parisien plutôt qu’à Maison et Objet, qui est en dehors de Paris. Nous pouvons recevoir beaucoup plus tôt et fermer plus tard. Ça marche comme ça à Milan, Munich, aux Etats-Unis…

Dans quelle mesure votre présence sur les réseaux sociaux est-elle importante dans votre métier? Surveillez-vous votre e-réputation ?

C’est très important pour nous, je m’en occupe d’ailleurs personnellement. On a bientôt 30 000 followers sur Instagram et une quinzaine de milliers sur Facebook! On est aussi présents sur Twitter, Google +, Pinterest… On poste plusieurs fois par jour et je pense qu’on est peut-être les plus présents de notre petit métier d’éditeur de tissus d’ameublement sur les réseaux. On est très actifs quotidiennement. Bien sûr, on surveille notre e-réputation, on la développe, et on fait attention à être éclectiques.

Vos projets à venir en 2016?

Les Arts Décoratifs vont beaucoup nous occuper jusqu’en juin, c’est très excitant! Nous avons un projet avec Inès de la Fressange, qui ne sera peut-être pas prêt pour 2016. On a une collaboration avec Ugo Gattoni qui sort au printemps, voire en septembre. C’est un illustrateur de grand talent, qui a fait des carrés pour Hermès, qui a un coup de crayon incroyable et qui est très jeune. Mais aussi Julien Colombier, Benjamin Graindorge, Nao Tamura et Marcel Wanders… Des gens avec qui on est très fiers de travailler.

Propos recueillis par Sabina Socol.

www.pierrefrey.com

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