Bob Colacello La boîte noire d’Andy Warhol #art

 

Andy Warhol aimait la vie et les gens, sa curiosité était permanente. Tout l’intéressait, et chaque personne était pour lui un sujet de fascination et digne d’interêt.

 

Complice d’Andy Warhol dans les années 70, Bob Colacello a dirigé le célèbre magazine Interview de 1971 à 1983, époque faste et glamour, âge d’or de cette revue d’abord dédié au cinéma mais qui devient rapidement un rendez-vous jet set et pop, à l’image de l’art de l’artiste à la perruque peroxydée. Rencontre à Paris avec Bob à l’occasion de la sortie de « Holy Terror » aux éditions Séguier, pavé de plus de 600 pages racontant à travers la vie de Warhol toute une époque aujourd’hui révolue.

Que faisiez-vous quand vous avez rencontré Andy Warhol?

Et bien j’étais étudiant en cinéma, et mon rêve était de devenir réalisateur. J’adorais le cinéma italien de l’époque, en extase devant les films de Visconti, Fellini, Antonioni… Et j’espérais un jour passer moi aussi derrière la caméra. Mais j’ai rencontré Warhol et ma vie a basculé complètement. J’étais très jeune à l’époque, je n’avais pas encore 25 ans quand Andy m’a proposé de diriger son magazine, Interview, qui traitait alors essentiellement de cinéma. Il m’a été dur de refuser une telle offre! J’adorais écrire sur le cinéma, et j’aimais lire les revues, magazines. J’ai accepté et l’aventure a commencé. Et quelle aventure!

Le bureau d’Interview au 860, Broadway. Le rédacteur en chef adjoint, Robert Hayes (assis), et Ronnie Cutrone, l’assistant d’Andy (debout)

Etait-il difficile de travailler aux côtés de Warhol ?

Oui et non. Andy m’a très vite fait confiance et m’a laissé faire un peu ce que je voulais. Il regardait de temps en temps, ce qui l’intéressait surtout c’était les images, les photos, la couverture du magazine. Et moi j’essayais de lui faire plaisir, de comprendre ce dont il avait envie donc nous étions sur la même longueur d’onde. Et puis, comme je le raconte dans mon livre, notre relation a très rapidement dépassé un cadre professionnel. Nous sortions ensemble, nous passions des nuits dehors, à danser au Studio 54, à aller dans des palaces, des soirées… Ça ne s’arrêtait jamais…

André Leon Talley, Steve Rubell, copropriétaire du Studio 54, et Andy au dîner d’anniversaire de Bianca Jagger organisé par Carolina et Reinaldo Herrera chez Mortimer’s, en 1981

Vous souvenez-vous d’une interview plus spéciale que les autres?

Celle avec Michael Jackson en 1982, quelques mois avant la sortie de « Thriller ». Nous avions décidé de mettre Michael en couverture d’Interview. Michael nous attendait à Los Angeles, Andy et moi. Mais au dernier moment Andy a décidé de rester à New York car il avait des rendez-vous de business au sujet de portraits à faire et même s’il aimait le magazine, son art passait avant tout, ce qui est normal. Michael était déçu qu’Andy ne soit pas là pour l’interview mais tout s’est très bien passé. Il était déjà un être très étrange et m’avait montré ses mannequins, des mannequins comme on en trouve dans les vitrines des grands magasins. Il passait des heures à les habiller, à les arranger. C’était assez bizarre, un peu comme un petit garçon avec des Barbies géantes… Pendant l’interview il a dit des choses assez bizarres aussi. Bref, il était assez perché, et je me rappelle que ses agents, à la suite de cette interview, ont préféré restreindre ce genre d’exercice et c’est pour cette raison qu’il n’a ensuite donné que très peu d’interviews pendant ses années de gloire. Andy a quand même téléphoné pendant l’interview, posant quelques questions. Michael était content au final. Et puis la déferlante « Thriller » est arrivée et il est devenu en quelques semaines la plus grande star planétaire.

 

Vous êtes vous-même devenu photographe et avait documenté toute cet âge d’or des années 70…

C’est le marchand d’art Thomas Ammann qui m’a offert un petit appareil photo, un Minox 35EL qui est très vite devenu mon jouet préféré, et que j’avais toujours au fond de ma poche. Et dans toutes les soirées, de dîners privés aux parties du Studio54, je dégainais mon Minox pour capturer tout le monde, de Yves Saint-Laurent à Liza Minelli, en passant par Diana Vreeland ou Jackie Kennedy, en bon disciple d’Andy. C’était toujours excitant de sortir avec Andy, il était véritablement comme un gamin dans un magasin de bonbons, et il adorait critiquer et cracher sur les personnes qu’il trouvait sans style, sans talent ou tout simplement ridicule selon ses critères. Il était féroce et parfois même diabolique, c’est pour cela que je le surnommais de temps en temps « Holly Terror», terme devenu le titre de ma biographie sur lui. C’était vraiment une Sacrée Terreur!

Le marchand et collectionneur d’art suisse Thomas Ammann, Maura Moynihan (fille du sénateur Daniel Patrick Moynihan) et la décoratrice Suzie Frankfurt, une intime d’Andy depuis les années 1950

Et quel souvenir gardez-vous d’Andy?

Plutôt des souvenirs… Beaucoup de beaux souvenirs et d’histoires incroyables dont la plupart sont dans les pages du livre. Quelqu’un de très complexe, et de très simple à la fois. Au-delà de son art qui est aujourd’hui encore tout en haut de l’histoire contemporaine, c’était quelqu’un d’extraordinaire qui avait une vision de la vie unique. Il aimait la vie et les gens, sa curiosité était permanente. Tout l’intéressait, et chaque  personne était pour lui un sujet de fascination et digne d’intérêt, que ce soit un chauffeur de taxi ou une star d’Hollywood, en passant par un milliardaire italien ou un chanteur disco. Andy Warhol c’était ça. Il voulait que je coupe mon nom pour m’appeler « Bob Cola », il me disait « C’est tellement plus pop! »… (rires). Bref, j’ai eu la chance de vivre au milieu de son univers et de beaucoup m’amuser et de vivre une vie inattendue.

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Yan Céh

Portrait de Bob Colacello par Jonathan Becker

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