Edouard Genestar 02.11.2010 #art

Edouard n’est pas un « fils de », mais un héritier, dans le sens noble du terme. Du regard et de l’enseignement de son père, il a tiré le meilleur et se l’est approprié, pour créer, avec sa sœur et son frère, Polka. Une belle histoire de famille, en images.

Pouvez-vous expliquer, à ceux qui ne connaîtraient pas encore, d’où vous est venue l’idée, l’envie de créer Polka et comment s’articulent les trois médias (galerie/magazine/site internet) ?

C’est à la fois un concours de circonstance et une histoire très personnelle. Ma sœur Adélie et moi avons baigné dans l’univers de la photo depuis notre enfance, et avons eu la même idée au même moment. Elle était alors chez Gamma et moi dans l’audiovisuel. En mars 2007, nous avons inauguré la galerie au théâtre Dejazet, avec l’exposition « Stars », autour de Jean-Marie Perrier. A l’époque, Polka était itinérante, par goût… et par manque de financement ! En avril 2008, on s’est installés dans les anciens locaux de l’agence Contact, rue Oberkampf, tout un symbole. Notre premier lieu à nous, avant la rue Saint-Gilles aujourd’hui. C’est alors qu’on a inventé le concept « galerie + mag ». Le lien est simple dans le domaine du photo-journalisme. On a donc lancé un catalogue sous forme de magazine, pour raconter l’histoire des photos, poursuivre le dialogue. D’ailleurs, c’est notre slogan. Vu le succès immédiat du magazine, un vrai phénomène, on est passé en kiosque dès le deuxième numéro. Aujourd’hui, Polka magazine est un trimestriel, tout comme nos expositions. Le prochain double évènement aura lieu le 18 novembre, pour Paris Photo.

On fête cette année les 30 ans du mois de la Photo. Comment analysez-vous l’évolution de la photo à Paris ? Pensez-vous que Paris peut vraiment être considérée comme la capitale de la photographie en 2010 ?

On tente d’y répondre dans le prochain numéro de Polka Magazine. Paris a une place prépondérante, car c’est à la fois la capitale historique de la photographie, la ville qui l’a vue naître et elle a longtemps été une terre d’accueil pour des artistes comme Kertesz, Capa ou Cartier-Bresson. Puis, New York a pris le relais, ouvrant les premières galeries, devenant surtout la capitale économique. Mais, aujourd’hui, Paris n’est pas à la traîne pour autant. Elle compte beaucoup de lieux d’exposition, au premier rang desquels la Maison Européenne de la Photographie et accueillera ce mois-ci une grande vente Avedon chez Christie’s. De plus, à Paris, les expos photo reçoivent un très bon accueil, comme en atteste l’exposition Willy Ronis, qui a attiré plus de 700 000 personnes Enfin, il ne faut pas oublier que Paris Photo est le plus grand salon mondial de la photographie. Un vrai rendez-vous.

Comment Polka a-t-elle prévu de participer à l’événement ?

A la galerie, nous avons installé deux espaces distincts, dédiés à des photographes. Le premier est consacré à William Klein et à son travail sur Mohammed Ali. C’est une grande exposition qui marie ses photographies, son documentaire vidéo (Arte), des photos qu’il va repeindre pour l’occasion, et même une installation autour de l’univers de la boxe, en partenariat avec Adidas. Parallèlement, comme le thème de Paris Photo cette année est l’Est, nous organisons une deuxième exposition, Est/Ouest mettant en lumière les travaux de Stanley Greene, Marc Riboud et Elliott Erwitt. Hors les murs, au siège de la HSBC sur les Champs-Elysées, nous présentons également « East Side Story », une exposition des photographes de la nouvelle génération.

ethanlevitas

Vous êtes spécialisés dans le photo-journalisme et pourtant, vous venez de participer à Cutlog… Quelle est pour vous, si elle existe, la frontière avec l’art contemporain ?

On ne se pose pas trop la question, mais de manière positive, dans le sens où ne se met pas de barrière. Bien entendu, dans ce domaine, le magazine et la galerie n’ont pas la même fonction. Cela dit, d’une manière générale, on considère nos photographes comme des auteurs. On n’a pas la prétention de définir qui est un artiste, c’est à eux ou à l’histoire de le faire, mais pour nous ce sont tous des auteurs, à la fois parce qu’ils ont une intention, une patte, une œuvre et donnent un éclairage sur le monde. Si l’on prend l’exemple d’Ethan Levitas. De prime abord, on peut penser que son travail sur le métro de Brooklyn ou la police new-yorkaise a uniquement une valeur documentaire. Mais, lui se considère comme un artiste. Il a passé deux années entières sur la police de New-York. Il ne travaille que pour exposer, pas pour être publié. Il a une démarche.

Un des points forts de ce mois de la photo est le volet « Paris collectionne ». Pour vous, quel photographe faut-il collectionner aujourd’hui ? Comment collectionne-t-on de la photo ?

J’ai posé la question à Philippe Garner, l’un des plus grands spécialistes de la photographie contemporaine, directeur chez Christie’s, et il ma répondu qu’il fallait avant tout collectionner au coup de cœur. Après seulement, il importe de s’informer de la côte et du travail d’un photographe. Souvent aussi, les collectionneurs choisissent un domaine, une thématique. Concrètement, nous misons beaucoup sur Ethan Levitas, qui est de la nouvelle génération et qui a encore une petite côte d’entrée. Un de ses tirages peut s’obtenir aujourd’hui aux alentours de 4000€. Tout comme, de manière plus surprenante, certains clichés de William Klein, encore sous-côté, quand ceux d’Helmut Newton se chiffrent en dizaines et centaines de milliers d’euros !

Le slogan de Polka est « Chaque photo a son histoire ». Quelle est celle qui vous a le plus marqué, de toute votre vie, et cette année ? Pourquoi ?

Celle a laquelle je pense en premier est une photo de Stanley Greene, un portrait d’une jeune résistante tchétchène. Elle est à la fois guerrière et féminine. Elle se recoiffe dans un miroir, et par le jeu qu’il instaure, elle en devient plus belle à chaque regard. Sinon, pour moi cette année parce que nous l’avons exposé, et même si la photo date de 1994, je dirais la photo de Kate Moss par Peter Lindbergh. On a l’impression de redécouvrir la photo comme la femme.

katemoss

Quel photo-reportage voudriez-vous voir réalisé dans le monde en ce moment ? Et à Paris ?

Polka a envoyé Stanley Greene en reportage en Haïti. C’est une exclusivité. Sinon, à Paris j’ai été très touché par le travail de Diane Grimonet, « Hotel sans étoile » qui donne à voir la misère en bas de chez nous et le système qui s’organise autour d’elle. Nous lui avons demandé, en partenariat avec Capa et Arte un reportage, toujours sur le thème des milieux sociaux. A découvrir dans le prochain numéro !

Que pensez-vous de Paris Match aujourd’hui ?

Je n’étais qu’un lecteur, je reste un lecteur ! Sérieusement, c’est un grand titre qui fait beaucoup pour le rayonnement de la presse française à l’étranger. C’est simple, les Américains ne connaissent que deux titres français : Le Monde et Paris Match ! Propos recueillis par Florence Valencourt. www.polkamagazine.com www.polkagalerie.com Polka 12 rue Saint-Gilles, Paris 3e. Polka magazine est actuellement en kiosques. Prochain numéro et prochaine exposition le 18 novembre 2010.

williamklein

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