Guillaume Fédou 09.01.2013

APOCALYPSE SURFER. Né à 19h45 en access prime-time à Albi, le « surfer social » (ainsi qu’il se définit) Guillaume Fédou prépare un nouvel album, plus dark et moins scout romantique aux vrais airs innocents. Il troque la chemise fleurie, le pass VIP autour du cou pour un habit monochrome et durable. Seul son vieux synthétiseur survit au cap, du – véritable – autre monde (dirait le messie). Pour célébrer la non-fin du monde, et son dernier clip vidéo L’Apocalypse (réalisé par Xavier Magot, sur une musique de Benjamin Cohen & Aysam Rahmania et bien sûr lui-même, ndlr), Saywho a intercepté l’électron aux influences divines pour parler le coup – après Noël, après sa dernière rencontre mondaine avec Ardisson. Inscrivons pour de bon ses origines patoises dans la postérité, il le mérite. Nous ne nous sommes pas entretenus au Meurice, mais c’était virtuellement bon.  

Ton premier flirt t’aurait offert un joujou dont tu ne te sépares plus: un Yamaha PSS 570. Sa valeur actuelle?

Le clavier de tous les possibles, ma prothèse romantique, mon bras armé contre tous les Syndicats du Crime Non-Passionnel… J’ai déjà beaucoup parlé de cet objet, qui m’a été offert par le père de mon « premier flirt », à Noël, et je ne le remercierais jamais assez. Il est décédé récemment et c’était un deuxième père pour moi. Le clavier était à sa fille, la première à qui j’ai fait un smack, à 11 ans… Et qui est comme une sœur. Ce clavier a donc une charge émotionnelle énorme pour moi. Je sais que ça fait moins chic qu’une guitare sèche pour démarrer, mais ce synthé est ma vie, et d’ailleurs je le possède en double – un ami me l’a retrouvé sur eBay. Du coup c’est comme les Twin Towers, mais immortelles cette fois.

Comment décrirais-tu ton genre musical? 

Je cherche encore à vrai dire. Sur l’album d’avant c’était de la cutty french pop dans le genre de La Fossette de Dominique A, en beaucoup moins bien évidemment puisque A est un maître ; et maintenant c’est vraiment de la chanson west coast, entre french touch et chanson réaliste (LOL). J’essaie juste de prendre les meilleurs comme j’ai toujours fait et de faire une chanson nouvelle. Il y a une différence entre la chanson et la musique. Aucun chanteur français ne fera jamais ce qu’a fait Bowie ou Mac Cartney. Ce n’est pas une injure, simplement c’est différent. Et des génies absolus comme Nino Ferrer l’ont bien compris. 

Y a t-il eu des rencontres qui t’ont poussé vers la chanson?

Ce n’est que ça. L’histoire de la pop n’est faite que de rencontres. Lennon et Mac Cartney sur le golf de Liverpool, Jagger et Richards dans une station de métro, Bowie et Mick Ronson, Bowie et Visconti, Bowie et Nile Rodgers, et maintenant les Daft Punk avec le génie de Chic… C’est un long ruban adhésif toute cette histoire. En France on a plutôt l’habitude de voir des solitaires, Brel Ferré Brassens Gainsbourg Ferrer Polnareff Christophe Dutronc Johny Eddy Antoine Florent Marchet Arnaud Fleurent-Didier et tous les autres… C’est tellement pas un pays de groupes, la France. Dès qu’un groupe marche, comme Noir Désir Téléphone ou même la Mano ça finit dans le mur ! Cogito ergo sum, merci Descartes.

Deux ans après “Action ou vérité”, tu prépares un nouvel album dont un extrait vidéo est déjà disponible, “L’Apocalypse”.  On pense à Connan Mockasin pour la réalisation, et Etienne Daho pour l’interprétation.

C’est gentil pour tout le monde ! Je ne sais pas trop quoi dire suite à de telles comparaisons, c’est un peu impressionnant… Mais sur Daho on aura toujours quelque chose à trouver, il a tellement épousé son époque, je veux dire les swinging 80’s, que je n’oublierai jamais la Dahomania et toutes les rumeurs à la con qui ont suivi, son exil à Londres, son retour avec Saint-Etienne (le groupe hein, pas le club de foot) … On peut parler des heures de Daho. Son nom est déjà tellement agréable à dire… Quant à Mockasin c’est surtout le mix d’Alan Braxe qui a amené ça dans les refrains. Au début ça nous a fait bizarre avec Aysam et Benjamin mais ça renforce la dimension onirique du morceau. Ce refrain est un miracle, la « pop touch » extrême de Benjamin Diamond avec l’illumination intérieure d’Aysam, le son aquatique de Braxe … Il me fait un effet dingue à chaque fois.

Vous vous êtes rencontrés comment avec Xavier Magot, le réalisateur de ton clip? 

J’ai rencontré Xavier Magot dans un milk bar de Bordeaux en 1988. Il venait de se faire larguer par la nana la plus en vue du lycée et terrorisait tout le monde. C’était le Joe Strummer de la bourgeoisie bordelaise. Un héros personnel si tu préfères ! Il a bossé justement sur la tournée de Charlotte Gainsbourg et Connan Mockasin, pour lesquels il a signé la lumière – après avoir créé les vidéos scéniques de SebastiAn. Le clip de L’Apocalypse est super beau, assez Dario Argento, comme une relecture gothisante du spleen minable qui nous submerge en permanence. Si t’enlèves ma tronche le clip est parfait ! Et il y a cette actrice évidemment, Julia Nefedova, que l’on surnomme « Fédou » à Moscou. Et puis Essey, sublime personne, Zoé Bruneau, Khoi, Manon & Xavier himself… C’est du beau travail. 

Pas de cataclysme planétaire le 21 décembre dernier donc… Elle aurait ressemblé à quoi la meilleure fin du monde pour Guillaume Fédou?

Alors premièrement, le cataclysme est en cours. C’est une reconfiguration, certes, mais une reconfiguration douloureuse. Nos âmes sont fermées pour travaux. On virtualise à tout va, et en même temps de vraies choses éclosent… L’époque est très dérangeante. Mais on en reparlera pour mon deuxième single, La Vie normale. Le meilleur morceau que j’aie jamais écrit, chanté et composé. Les arrangements tuent aussi. Il y a toujours un peu de boulot mais je ne voudrais pas parler en musicien… Bon sinon pour ta question je me revois bien dans mon milk bar de Bordeaux, le California, avec tous mes meilleurs potes de l’époque, et les plus belles nanas du lycée, fumer une Lucky posée sur le cendrier du baby … Enfin le California c’était au début, après il y a eu le Jackson, le Snow River, le Chiquito… On écoutait les Clash, Public Enemy, Dead Can Dance… Mon fantasme new wave c’était Samantha Mathis de Pump Up The Volume… Je veux bien finir le monde là-bas, ouais, à cette époque.

Et la pire ?

Ce serait de finir dans la queue de la Trésorerie Principale de Paris-Belleville avec dix kilos d’amendes dans le pantalon. Ou au Pôle Emploi du Bas-Montmartre avec 30 chômeurs du quartier devant moi… Ou dans une préfourrière pour deux-roues en lointaine banlieue… Ou dans le frigo de Cauet… Sa fin du monde à lui en est vraiment une ! Quelle angoisse, le Cauet-burger, une apocalypse vivante !

Tu chantes, et tu écris. Ton phrasé est espiègle, et élastique. Quel est ton top 3 de figures littéraires? 

Espiègle et élastique… Well ! C’est seulement que j’ai envie de m’amuser à travers le langage. Il faut que les mots sonnent sinon ils ne servent à rien. Autant se parler Anglais à ce prix-là. La force de la langue française est qu’elle s’est débarrassée ex ante de tout utilitarisme… Enfin je parle pas de l’Anglais de Shakespeare ou Bowie mais plutôt de l’airport english que tout le monde croit maîtriser. Mais tu peux mettre tout Hunky Dory (album de Bowie de 1971, ndlr) dans Google trad t’auras toujours rien pigé ! Il faut se méfier des british. Même Love me do des Beatles est à double, voire triple sens. Mais pour la bonne bouche française, je prends Paul Valéry pour « Narcisse parle », Aragon pour le « Crève-cœur » et Daniel Pennac pour « la Fée carabine ». Vous pouvez faire feu.

Tu recevrais qui, dans ton salon mondain?

Yves Mourousi, sur lequel j’écris une biographie non-télévisée. Cet homme a révolutionné l’information, il était un catalyseur de son temps, de tout son temps, du Concorde à Béjart, d’Iggy Pop à Giscard, de Mitterrand à Mitterrand (qui lui doit totalement sa réélection de 1988) … Un être complexe, à la fois raffiné et d’une énergie brutale limite sarkozienne, mais sans jamais juger personne, en gardant jusqu’au bout son regard de petit garçon surgi dans l’après-guerre. J’ai rencontré Ardisson récemment pour évoquer son souvenir et il m’a confirmé qu’Yves avait bien dynamité avant lui les codes télévisuels français. Donc je le recevrais lui mais sans sa bande de motards et de politiciens. J’inviterais aussi Edouard Baer pour qu’il récite encore une fois le discours du transfert au Panthéon des cendres de Jean Moulin par André Malraux qu’il connaît par cœur. Mon ami Christophe entre deux parties de poker déshabilleur, Pacôme Thiellement pour évoquer les tribus hopi et l’hologramme de Pierre Bourdieu pour structurer un peu tout ça.   

Propos recueillis par Alexandra S. Jupillat

Vous aimerez aussi

Inscrivez-vous à la Newsletter

Les événements et les rencontres qui ont marqué la semaine !

Mailchimp

  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.