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29.03.2022 #musique

Papooz

None of This Matters Now

« C’est un album de guitariste, de songwriter, de fermier ! Comme si tu étais devant ton porche sur ton rocking-chair »

Le troisième album de Papooz, « None Of This Matters Now », sorti le 18 mars, leur est venu comme un jaillissement. Un éclair de créativité qui a surgi alors que la musique avait perdu sa scène, quelques jour seulement après la fin de leur dernière tournée. Confinés, Ulysse Cottin et Armand Penicaut écrivent chacun de leur côté, échangent, rassemblent, avant de s’exiler quelques jours dans le sud-ouest de la France pour enregistrer chez leur ami batteur Pierre-Marie Dornon. Son studio La Ferme Records devient l’écrin donnant vie à dix nouvelles chansons, enregistrées live, et qui reflètent chez le duo l’envie de retrouver une musique instinctive. Avant le coup d’envoi de leur tournée au départ de Londres le 22 avril, Ulysse et Armand nous livrent leurs inspirations, leur vision du monde, en passant par leur première rencontre à un concert de Patti Smith…

Votre troisième album est sorti le 18 mars. Comment a-t-il vu le jour ?

Ulysse : On venait de terminer notre tournée pour le deuxième album lorsqu’on a dû être confinés. On s’est mis à composer chacun de notre côté, moi à Paris, Armand dans le Sud-Ouest, et on s’envoyait nos morceaux. Entre les deux confinements, on a décidé d’aller enregistrer dans le studio de notre batteur. On s’est enfermés là-bas et on a enregistré. L’album est différent du précédent parce qu’il est plus « nu ». On a mis moins de temps à le faire, et on a tout fait pour garder l’esprit live, avec nos voix live, c’est-à-dire pas préenregistrées par-dessus la musique. C’est quelque chose qu’on n’avait jamais fait jusqu’à présent.

J’imagine que ce que vous préférez c’est justement le live .

Ulysse : Avec les nouvelles technologies, l’enregistrement live est une technique qui s’est perdue aujourd’hui. Utiliser cette technique nous a permis de nous concentrer sur le sacré du moment, et nous a poussés à être beaucoup plus concentrés parce qu’on savait qu’on n’allait pas pouvoir changer une prise. C’est pas du tout le même mindset !

Avec qui avez vous collaboré sur ce nouvel album ? Vous travaillez toujours avec les mêmes personnes ?

Armand : On l’a fait avec notre groupe de tournée avec qui on joue depuis près de dix ans. On n’a presque pas de guest sur cet album, à l’exception de Pierre Rousseau, l’ancien producteur de Paradis qui produit les disques de Nicolas Godin, qui a fait quelques overdub de synthétiseur pour nous.

 

Ulysse : L’essentiel de l’album, c’est nous et nos amis. Victoria Laufarie, par exemple, qui chante sur un morceau et fait des chœurs sur d’autres. C’est vraiment un projet entre nous, qu’on a produit nous-mêmes avec un ingénieur du son.

 

Armand : C’était déjà compliqué de se rassembler pendant le Covid ! On l’a finalement fait dans une forêt du Sud-Ouest, près de Lanton, un village près du bassin d’Arcachon. On a enregistré dans un studio qui s’appelle La Ferme qui a été construit par notre batteur pour en faire un studio de musique.

 

Ulysse : Et aujourd’hui il a quitté le groupe pour devenir menuisier à plein temps !

On dirait que vous avez composé et enregistré l’album en un temps record !

Armand : On a fait deux sessions de sept jours. Une première en mai, et une seconde en octobre. Il y a eu ensuite un peu de travail à Paris, puis le mixage qui a pris un peu plus de temps.

Comment se passe le travail d’écriture entre vous deux ?

Ulysse : Étant donné qu’on n’était pas ensemble, on a beaucoup écrit séparément. « Hell Of A Woman », notre second single, a été écrit entièrement à deux. Sinon on écrit chacun de notre côté, on se les montre, on fait parfois des modifications, il y a un échange qui se crée.

Cover de l’album « None Of This Matters Now », Papooz, 2022, artwork by Victoria Lafaurie

Le titre de l’album, « None Of This Matters Now » résonne vraiment avec ce qui se passe aujourd’hui dans la société, la politique…

Armand : À la base, le morceau évoquait la crise climatique, même si on ne voulait pas tomber dans un discours moraliste. Puis le Covid est arrivé, et en effet la chanson trouve une nouvelle résonance. On se demande un peu si le monde n’est pas arrivé à l’Apocalypse…

 

Ulysse : C’est un morceau d’amour. Il dit « le monde meurt, mais heureusement que je t’ai, et ensemble on va pouvoir survire ».

Il y a toujours cette légèreté dans votre musique, même si les thèmes abordés peuvent être lourds, comme c’est le cas dans « None of This Matters Now ». C’est un peu ce qui vous caractérise, non ?

Armand : C’est caustique. Je suis pour que la musique soit fun, c’est ça la base. La musique qu’on fait nous, et celle qu’on écoute – comme Velvet Underground, mon groupe préféré – ça reste de la musique fun. Il y a un truc adolescent qui est éternel.

 

Ulysse : C’est cynique mais c’est drôle aussi, jamais premier degré. Et c’est important.

On retrouve beaucoup la musique des Beatles chez vous. Il sont souvent cités comme l’une de vos inspirations principales.

Armand : Les Beatles ont inspiré le monde entier. Ils ont véritablement réinventé la chanson anglo-saxonne.

 

Ulysse : Et ils ont fait passer la pop musique à un degré supérieur. Ils ont été les premiers à remplir des stades, etc. C’était incroyable à l’époque !

En matière de style, en quoi ce nouvel album se différencie des deux précédents ?

Armand : C’est un album peut-être plus folk rock. Pour le deuxième, on avait été inspirés par le « yacht rock », un mouvement de la fin des années 70, début années 80, dans la musique californienne.

 

Ulysse : Les références sont différentes, peut-être plus similaires à notre tout premier album. Il y a moins d’overdub, on a davantage fonctionné à l’instinct. On l’a fait de manière plus simple.

 

Armand : Comme un jaillissement.

 

Ulysse : Et puis surtout, il n’y a pas de producteur comme ça a pu être le cas sur le deuxième album. On avait cette volonté de garder tout live, de reprendre nos musiciens de tournée. Pour le deuxième album, on avait casté des musiciens de studio, ce qui n’est pas du tout la même approche. C’est un album de guitariste, de songwriter, de fermier ! Comme si tu étais devant ton porche sur ton rocking-chair.

Pourquoi avez-vous choisi de composer en anglais ?

Armand: C’est un parti pris esthétique. Je pense qu’on ne pourrait pas faire la musique qu’on fait avec la langue française. C’est comme décider de faire de l’aquarelle sans en utiliser. Adolescents, on a tous les deux été influencés par la même musique, des groupes anglais. On vient de la génération du renouveau du rock, on avait douze ans à l’époque. On n’a pas eu envie de le traduire en faisant du rock français. Imaginez « Get Lucky » de Daft Punk en français ! Dans le monde anglo-saxon, une chanson reste une chanson, il n’y a pas cette prétention à penser que c’est de la poésie. La France est tellement un pays de littérature que chaque texte doit avoir une ambition littéraire, donc la langue pardonne moins.

 

Ulysse : L’histoire de la musique qui nous inspire s’est construite avec la langue anglaise. Nous, on s’y réfère, et on poursuit ce chemin, pour ainsi dire. Et puis, rares sont les groupes français qui chantent en français et qui arrivent à s’exporter !

Dans les artistes d’aujourd’hui, y a-t-il des musiciens dont vous vous sentez proches ?

Armand : Je fais toujours des découvertes, j’aime écouter ce qui se passe en ce moment. Je pense notamment à Hubert Lenoir, que j’ai découvert il y a un ou deux ans. Dans la scène française, je n’ai pas l’impression qu’on soit proches d’autres artistes, et ce n’est pas dans l’esprit français de créer une « scène ». La dernière scène rock qu’il y a eu, c’était les « baby rockers ».

 

Ulysse: Il y a une nouvelle scène de chanteuses qui font de la musique un peu groovy et funk, portée par Clara Luciani ou Juliette Armanet. Nous on s’inscrit davantage dans la lignée de groupes américains de pop indépendante comme Mac DeMarco, Midnight Club, Connan Mockasin, Metronomy… Leur dernier album est super !

Vous vous inspirez aussi beaucoup des années 70.

Armand : Pas forcément ! Par exemple, je n’ai pas l’impression de m’habiller comme dans les années 70. J’aime chercher une forme d’intemporalité à la fois dans la vie et la musique. C’est ce que je trouve le plus sublime dans l’art, quand les œuvres deviennent immortelles parce qu’elle sont extrêmement fortes stylistiquement. Ça peut être le cas d’un mocassin J.M. Weston ou d’un T-Shirt blanc… Bon, il se trouve que je suis habillé comme ça aujourd’hui ! En musique, c’est à peu près pareil : il y a toujours un truc un peu magique dans l’écriture des chansons, comme si elles étaient en l’air et qu’elles venaient à vous. On tend à une beauté intemporelle.

 

Ulysse : C’est sûr que les années 70 ont bien vieilli parce qu’elles sont encore d’actualité aujourd’hui. Ça prouve qu’il y avait de la consistance dans la proposition artistique et le style. Je serais curieux de savoir si certains styles d’aujourd’hui perdureront dans trente ans.

Est-ce qu’on écoutera encore les Beatles dans trente ans ?

Ulysse : On écoute encore Mozart et Bach, les Beatles perdureront !

J’ai lu quelque part que vous vous étiez rencontrés à un concert de Patti Smith !

Armand : J’avais grugé la file d’attente pour aller voir un concert acoustique qu’elle donnait avec son fils dans l’église Saint-Germain-des-Prés. J’étais sorti pour gruger une deuxième fois (elle faisait deux sets !). Bizarrement j’étais tout seul, et je suis tombé sur des copains qui étaient avec Ulysse.

Ulysse : J’ai fait la queue mais je crois que je ne suis même pas allé voir le concert !

J’aime beaucoup votre clip pour « None Of This Matters Now ». Pouvez-vous me raconter son histoire ?

Armand : C’est Alice Kunisue qui l’a réalisé. Elle a eu l’idée en lisant une brève qu’elle avait gardée dans un tiroir. L’histoire du kidnapping d’un papi par ses petits-enfants de quatre et six ans pour le sortir de sa maison de retraite !

Comment avez-vous vécu le confinement en tant que musiciens ?

Armand : On l’a vécu comme une chance parce que, comparé à plein d’autre groupes qu’on connait, on venait de terminer notre tournée. On a eu la chance de pouvoir la finir et ne pas l’annuler. Le confinement, pour nous ça a été l’ennui. Et comme pour tout le monde, ça a été difficile, aussi sur le plan créatif.

 

Ulysse : Notre créativité est liée aux expériences que l’on fait. On a besoin de se changer les idées, de voir d’autres choses pour être stimulés. Sur la fin, le report de la sortie de l’album a été assez frustrant.

 

Armand : Et puis, c’est difficile de réussir à conserver des cercles artistiques sans pouvoir se retrouver dans un café. Paris est une ville de cafés ! Il y a comme une émulsion ! Là, on se retrouvait près des poubelles pour partager une canette de bière avant 19 heures… On s’est même pris des PV ! Je veux bien que ma mère me demande d’aller me coucher, mais pas la police !

Interview : Maxime Der Nahabédian

Portrait : Jean Picon

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